Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Julien des Monstiers

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Julien des Monstiers

Né en 1983, Julien des Monstiers est diplômé de l'Ecole nationale supérieure des Beaux arts de Paris. Vit et travaille à Paris

Julien des Monstiers : le site


100 Plus beaux musées du monde
Les trésors de l'humanité à travers les cinq continents
de Hans-Joachim Neubert et Winfried Maass

Tout musée est l'image d'une culture et d'une histoire. Qu'il abrite les œuvres d'une multitude d'artistes ou d'un seul, qu'il se concentre sur un mouvement artistique ou sur les chefs-d'œuvre d'une période historique, il reflète par-dessus tout l'image qu'une culture a d'elle-même et de son environnement. Rares sont aujourd'hui les capitales qui ne sacrifient pas à la fierté nationale en mettant en valeur, tantôt les créations de leurs artistes, tantôt des collections d'envergure internationale, lorsqu'elles ne célèbrent pas les hauts faits de leur histoire à travers objets d'art, sculptures et peintures. Ce livre vous entraîne à la découverte des 100 musées les plus passionnants du monde. Leurs collections les placent parmi les institutions les plus importantes de notre culture contemporaine.

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Julien Des Monstiers : archéologie du présent : profondeurs irritées et surfaces irritantes

par Jean-Paul Gavard-Perret

 
Julien des Monstiers : exposition « Les Chroniques du Pôle », Galeries Isabelle Gounod - Paris
29 avril – 30 mai 2009.

 

 

Julien des Monstiers

Julien des Monstiers
quatre vingt dix pour cent - 200 x 200 cm


Est-ce la seule manière de s'approcher de l’art ? Est-ce le seul moyen de franchir le pont entre le réel et sa représentation picturale  ? Toujours est-il que Julien des Monstiers a choisi de “ charger ” ses toiles et ses objets en particulier dans ses « Chroniques du Pôle » continuations logiques de ses travaux antérieurs et de ses « apprentissages » ( A 25 ans il est jeune diplômé de l’ENSBA de Paris).. Peintures glycéro, maquettes, forment des assemblages hétéroclites et colorés qui parfois comme sa « Méduse » de 2006 semble “ sècher ” dérisoirement contre un mur lourde des objets dérisoires et quotidiens qui composent ses tentacules. Elle devient porteuse d’un arsenal détritique qui  enfonce ou soulève la surface où  elle est présentée afin de l’ouvrir à une autre dimension plus complexe et qui n’est pas sans rappeler le Rauschenberg des collages et des assemblages des “ Combine Paintings ”.  Le jeune artiste apprend comment il faut aller chercher chaque fois un peu plus loin la surface. Elle ne se contente plus d’être le territoire de l’illusion sur laquelle le leurre de l’image vient se poser.  Elle en devient le nid ou plutôt le tombeau étant donné ce qu’elle supporte et annonce.
Julien des Monstiers renvoie l’art à la consistance d’un lieu dévoré par l’objet qui eux-mêmes finissent pas dévorer la carapace du monde. Il cherche à incarner la “ corporéité ” par laquelle la matière travaille le monde jusqu’à le détruire. L’œuvre ne renvoie plus à une quelconque gloire céleste de l’image. L’artiste remplace la dévotion et ses représentations de connivence par des matières qui font chavirer la platitude sous l’effet de charge des objets ou des jeux des couleurs violente finalement dévorée par un blanc de glace polaire au moment où celle-là est elle-même altérée et en voie de dissolutions dans sa toile « Quatre vingt dix pour cent » (2008)  dont elle bouleverse le corpus. A l’effet classique de pans surgit  un espace hérétique (il y a par exemple des adhésifs sur la toile citée). L’emprise d’une telle hétérogénéité devient pour l’artiste le moyen de tuer tout maniérisme de l’art qu’il ne s’agit pourtant pas de nier mais il convient de l’extraire du regard dévot qu’on lui accorde afin de le remplacer par un regard plus critique dans une dénonciation du monde tel qu’il est déjà ou devient.

 

 

 


Les œuvres font travailler notre imagination là où ce qui est montré - par celui qui est autant un traqueur d’  « épaves »  qu’alchimiste - devient  proche et étrange. Nous  n’abordons plus l’art à travers une surface lisse, rassurante. Les matières “ importées ”  inséminent et disséminent une visibilité peut rassurante et qui fait réfléchir sur la notion même de réalité. Tout en tension et violence, l’art de Julien des Monstiers reste  un acte de puissance plus que de jouissance où le temps est arrêté au sein même d’objets qui en disent la fragilité. Plus question de trouver le moindre confort.  Entre peinture et objets un langage particulier, fascinant et atroce, remonte à la surface à l’image. N’y demeurent que des restes surgis de l’histoire du temps.  L’artiste rend dérisoire tout grand soir, tout futur épiphanique. Ne demeure qu’une mise à plat du vivant là où on ne passe plus sous silence les dérives qui n’est pas seulement celle des continents mais du monde. Bien des préjudices sont mis à jour. L’ordre des repères est rompu pour nous rappeler de manière oblique (mais aussi en pleine figure) combien le monde court à sa perdition.  Les œuvres de Julien des Monstiers font preuve d'une rare voracité dans le rapt iconographique qu’elles proposent tant elles happent, déchirent, avalent avec leur "renvoi" irrécupérable, leur éructation. On n'est plus dans un corpusjubilatoire mais expropriateur là où l'homme qui croit s'emparer de tous les trésors ne récolte au bout du compte que des ruines.  La grandeur humaine se perd et l’art sort de l'humanisme.

Toutefois dans le désenchantement Julien des Monstiers ne s'enivre pas des forces de son délire afin de ne créer qu’un théâtre du vide annoncé. L’artiste fait de ses injonctions plastiques  punitive des fleurs vénéneuses dans la déchetterie du monde. La crudité et la cruauté de l’oeuvre s'apparente par delà la provocation à une sorte de cannibalisme iconographique. Il nous fait franchir la frontière entre la terre surchargée d’objets et la mer matricielle afin que nous passions à un sentiment de révolte. L’altérité proposée provoque une confrontation autant carnassière que nourricière pour l’advenir du monde. Et c’est parce que notre narcissisme ne se quitte pas que nous sommes autant embarqués sur le radeau de sa « Méduse » qu’interpellés par elle en nous montrant combien il faut s’extraire de la pure illusion pour oser la transgression que ses images proposent. Julien des Monstiers fait franchir un pas important. Ce qu’il montre n’est pas un lieu ou plutôt un lieu décalé  qui a valeur en notre imaginaire soudain dérouté d’abcès de fixation. L’oeuvre devient le rebord du monde.  Elle possède la puissance de percer notre inconscient. C’est pourquoi, le “ mal ” dont elle semble façonnée n’est plus une substance ferme mais une suite de dépôts et de dépositions. L’unité bienveillante du monde chancelle sous les pièces du puzzle dans lequel l’artiste nous abîme. Tout vacille dangereusement, bascule. D’où la force de ce franchissement, de ce passage et la terreur qu’elle suscite en sa franche drôlerie.


La création n’est donc pas celle de la mort que l’on se donne ou qui nous est donnée mais – par delà ses images de mort – celle de la vie qui hante et à laquelle Julien des Monstiers donne paradoxalement la plénitude de ses formes primitives. Ce qui fascine c’est l’horizon, le creux, l’ultime tissu du monde, ses niches, sa ténèbre inversée. En sacrifiant l’intégrité des objets, l’œuvre répond à l’injonction de Bataille : “ une oeuvre est oeuvre seulement quand elle devient l’intimité ouverte de celui qui la crée et de celui qui la regarde ”.  Reste à savoir si nous avons le courage d’affronter son chaos.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.