Artistes de référence

Marcel Kartmann

Marcel Kartmann

la galerie Mirondella / le site

marcel kartmann

Le caret
tole d'acier soudé - 58/50/23 cm



Collection Palettes , l'intégrale - Coffret collector 18 DVD
par Alain Jaubert

Palettes: une série de films consacrés aux grands tableaux de l'histoire de la peinture.Grâce aux plus récentes techniques de l'animation vidéo , les secrets des images sont racontés comme autant d'aventures dans le plaisir et la découverte. Cette intégrale présente une collection de 50 films , une exploration de 50 tableaux de maître par Alain Jaubert. Disponibles pour la première fois: 4 dvd inédits(Le Caravage , Véronèse, Kandinsky , Bacon...) ainsi qu'un entretien exclusif avec Alain Jaubert sur l'histoire de Palettes. 

Biographie du réalisateur 
Avec Palettes , Alain Jaubert raconte l'histoire d'un tableau à la façon d'une investigation policière en offrant au spectateur une cascade de découverts et d'explications. 

 

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MARCEL KARTMANN : BLATTES BROYEUSES ET AUTRES POUX DINGUES
par Jean-Paul Gavard-Perret




A travers ses sculptures géométriques enfermées dans des boîtes de naturaliste comme avec ses insectes de fer et d'acier Marcel Kartmann crée d'étranges puces et scarabées. Ces deux approches permettent de reconnaître l'endroit où la vie se creuse, se mange du dehors et du de dedans.  L'artiste vertèbre  tout un bestiaire. Celui qui nous habite de tant de larves. Sa sculpture revient à tatouer ce qu'on prend pour notre vide-grenier et qui est aussi plein qu'une sous-pente ou un garde-manger.

On pourrait craindre de tels doryphores intestinaux si l'artiste à travers leur montage ne les faisait pas proches tout de même de ce que l'on connaît. On peut non seulement mettre des noms mais des formes grossies sur les insectes qui au besoin sucent le sang. La sculpture devient l'insecticide de nos insectivores. Elle peut le diptère lorsque la décision radicale de l'artiste l'impose.

Elle peut décrypter l'infirmité des nymphes. Elle opère  la coagulation non des fantasmes mais de la métamorphose des ordres orthoptères ou rhynchotes qui nous affectent et nous grignotent. Tout se passe comme si Marcel Kartmann avait compris qu'au début comme à la fin de la terre il y a eu et il y aura l'insecte.   Mais il les fait sinon à notre image du moins afin que nous cherchions d'étranges poux et pas forcément sur notre tête (surtout lorsque nous devenons chauves…).

On croit les parasites étrangers mais ils nous lient au peu que nous sommes. Ils créent l'espace qui sépare de nous-mêmes. Ils rappellent la vie d'avant le jour et d'avant le langage. C'est pourquoi l'artiste entre dans leur grouillement afin de les isoler. Nous les contemplons sans ambiguïté. Le fer et l'acier  imposent par effets de sutures l'impureté de leur présence face aux casernes de notre prétendue pureté.  Passons donc du paroxysme de l’idéal à l’abîme suceur de sang.

De telles sculptures ne cessent de nous aiguillonner pour accentuer nos ongles pris dans la folie meurtrière de nous gratter le suint. L’insecte nuisible devient jusque dans son isolement une germination. Quel nom donner à leur espace sinon leur nom qui remplit celui de chaque sculpture ?  Celle-ci n’entre plus dans une phrase. Nos morpions, poux et puces ne sont pas que des repères lexicaux. Marcel Kartmann nous le rappelle et il fabrique à travers eux une perspective que nous voulons ignorer.

Il met à nu leur pouvoir, leur hantise, leurs coloris, leurs vertèbres, leur cuirasse. Ils demeurent sous un silence apparent. Sauf dans les instants où ne pouvant plus écraser les nuisibles l’inconscient se concentre pour percer sa peau à travers la leur.  Marcel Kartmann pose ainsi une question essentielle : qu'est notre corps si ce n'est une immense réserve pouilleuse ? On n'est rien, à personne, personne n'est rien sinon aux puces.  Nous venons d'elles. Et vers elles nous retournons au sein de nos galeries intérieures.

Notre paquet de viande et de nerfs n'est qu'une forêt sauvage où nos "fauves" demeurent tapis. L'artiste leur donne une plus juste dimension.  Et si pour nous en défendre nous avons inventé l'insecticide et le religieux; le créateur  ramène au sens de leur moindre. Il sait qu'en dieu comme dans le gaz asphyxiant l’esprit est aussi aveugle qu’impatient.  L'un comme l'autre veulent nier ce qui nous habite. Il prouve aussi qu’ils ne sont pas qu‘une invention faite pour cacher la peste qui nous terrasse. Avec un tel bestiaire nos viscères redeviennent autant de canyons qui offrent les fissures où non seulement l'insecte se cache mais où nous nous cachons en charognard de nos propres charognes. La sculpture n'est donc pas là pour tuer l'insecte mais lui donner tout le relief qu'il mérite.



Forger, souder ne revient pas à se défaire du nuisible. Ces actions mettent au jour ce qui fait  la débauche,  la pusillanimité, l’absence de vertu. Le mot “ sculpter ” affronte jusqu’au bout l’activité insectivore qui nous habite. L'insecte ainsi traité met au dehors la violence du dedans dans un surgissement volcanique  Elle devient l’intimité ouverte. C'est une entraille gonflée de lépidoptères et de névroptères.  Ils éclairent la vase du sang qui les cache. Ils font parler ce qui se tait. Ils prouvent que ce que nous pensons reste une erreur conforme.

Créer un tel bestiaire revient à s’arracher à l'erreur mystique. Ce  qui habite l'être n'a rien à voir avec dieu sauf à penser que l'insecte a lui-même une spiritualité vagissante. Il renvoie  à deux chaos. Celui de nos marais, celui des nos étendues continentales. Ceci est notre corps. Archiptères, thysanoures  peuplent  l’antre où nous habitons. Ils sont nos hôtes innombrables et accouchent notre chimère.  Nous en restons pétris.    A chacun donc ses insectes, leur thorax et leur abdomen. L'âme humaine est soluble dans leurs larves.  Les voir ainsi n’apprend peut être pas à vivre mais apprend à nous penser. Cela suffit à faire de l'œuvre de Marcel Kartmann un lieu fondamental.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.