Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Michèle Katz

Michel Katz
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Chemins : Michèle Katz

Michèle Katz n'oublie jamais qu'elle est peintre. Elle n'oublie jamais non plus qu'elle appartient à une génération contemporaine de la plus inimaginable disparition historique (La Shoah) - » disponible chez Amazon



Art et Fiscalite, Droit Fiscal de l'Art 2011
par Véronique Chambaud

Cet ouvrage, entièrement mis à jour, donne les repères indispensables pour comprendre et utiliser le droit fiscal de l'art. Il clarifie les problématiques de la fiscalité du marché de l'art et examine les obligations et impositions des intervenants culturels, tant professionnels qu'amateurs. Il présente les mesures de soutien à la création artistique et en évalue l'incidence sur le statut fiscal des artistes selon leur spécialité (plasticiens, photographes, graphistes). Il étudie les régimes fiscaux spécifiques de l'art tels que l'imposition des revenus artistiques, de l'atelier d'artiste, l'achat d'oeuvres à un artiste, le mécénat culturel, la vente d'art sur l'Internet, l'acquisition de trésors nationaux, la taxation des ventes publiques, la TVA sur les oeuvres d'art, l'imposition des plus-values de cession d'oeuvres d'art, le régime de l'ISF, la transmission d'oeuvres d'art, la dation en paiement, etc. Il fournit des exemples chiffrés, des tableaux synthétiques récapitulant les choix fiscaux, des barèmes, des formulaires de déclaration, des décisions de jurisprudence essentielles. Il réunit les textes sources utiles, législatifs et réglementaires, facilitant l'accès à la matière. Méthodique et pratique, à jour des dispositions applicables en 2011. » disponible chez Amazon




MICHELE KATZ : CORPS, TEMPS, COMMUNAUTÉ

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

michèle katz1971-2011 Michèle Katz
Œuvres sur papier.
Galerie Limitis Paris,
6 avril 14 mai 2011

 

L'œuvre de Michèle Katz est l'histoire du corps et de son identité. Elle passe de son épaisseur  pour aller à la poursuite sa transparence au sein d'enchevêtrements qui évoquent (en off) des paysages d'enfance et leurs légendes noires. Des chiens de garde semblent aussi présents en filigrane pour déchiqueter ce qui reste du corps et leur couper les membres.  Ses silhouettes assignent la distance aux couleurs. Rien d'acide en elles ou plutôt de moins en moins : elles sont comme recouvertes d'un voile, d'une pellicule et d'un bruit d'ombres. Elles avancent en silence comme des dunes sous l'effet des vents que l'on croyait contraires.

Fière de ses intuitions l’artiste désire toujours se détacher de la condition commune. Son œuvre se veut  puissante et ambitieuse face à l'humanité spongieuse, pâteuse, animale. Ses figures sulpiciennes avcancent hautaines et sûres de leur vérité. C’est pourquoi pour ces femmes ailées et à valeur d’icône leur propre lumière augmente jusque dans l'obscurité. Il faut donc y voir des autoportraits sublimés de l’artiste dont la  "langue" plastique avance dans l'inconnu sous le poids des Talmud et des Bible. L’artiste n’attend rien des hommes sinon les écritures qu’ils ont donné aux dieux. Et elle ne fait confiance qu’à sa propre aube-crépuscule qui n’appelle pas de répliques. Dans le mystère de la gravité  et la pâleur de neige de son œuvre l’artiste trône en majesté. 

Dans l'éloignement des dates (de 1970 à nos jours) mais en une commémoration perpétuelle Michèle Katz ne se lave jamais les mains des désastres du passé. Ils sont toujours pour elle renaissants.  C’est pourquoi dans la cendre et sa couleur, par illumination du papier la créatrice "entrace" et dessine ses corps souffrants.  Il faut alors de souvenir alors de la phrase de Derrida dans son "Schibboleth" et à propos de Celan  : "Comment dater autre chose que cela même qui toujours  se répète ?". En ce sens que Michèle Katz  garde comme seul horizon celui de la blessure dont rien ne sera dit sinon et  par exemple le sceau d'une bouche ouverte. Restent des percussions presque blanches sur lesquelles chaque gisante se lève et se fige là où transparaît  une forme particulière de sensualité (qui chez l’artiste elle-même se partage entre attraction et répulsion).

Le blanc du papier devient un rebord de lit. Rebord ancien tel un ourlet oublié. La main s'y efface. Elle en dépend. Peindre dépend d'elle et de l'après sur laquelle elle veille. Au centre aussi des forces surgissent. Michèle Katz les astreint au point de les réduire en poussières  hors de l'ornière et de l'ornement en une sorte d'inversion complexe. Entre écorchure et échancrure, le corps n'étouffe pas : il berce. Il devient une forme de ténèbre ouverte sur la lumière. L'artiste mène aux aurores précaires, monte le cœur d'un cran et d'une dislocation.  L'état naissant qu'elle provoque avec l'insurrection de l'altération du corps  n'a rien d'une nostalgie simplement orientée vers notre origine en tant que source perdue de qui nous fûmes et de qui nous sommes. Elle crée plutôt une dialectique entre deux temporalités : celle du présent (ne serait-ce que et déjà celui de la création), celle du passé repris, "volé".

Créer  revient à faire une fouille du corps  afin qu'une autre forme s'exhausse. Fouiller n'est donc pas arpenter les dépôts pour en retirer ses choses mortes ou oubliées depuis longtemps. Fouiller est œuvrer afin que chaque silhouette porte en elle la mémoire de son devenir dans cette couleur étrange et paradoxale qui n’a de nom qu’en anglais : le « blank ».De cette blancheur que l’artiste époussette surgit l’effort de comprendre. Sous ce « blank » émerge le gris d’une lumière rasante d’un appel. Ainsi au verbe “ créer” se superpose l’impératif singulier  “ Viens ”. Tournure  dont Blanchot parle en ces termes : “ Viens, viens, venez, vous ou tu, auquel ne saurait convenir l’injonction, la prière, l’attente ”. Dès lors, le  “ viens ” n’est pas la réduction de l’ “ autre ” au même . Ce “viens ” est plus un appel à sortir du monde afin d’entrer dans la peinture.

Mais Michèle Katz ne réduit pas pour autant sa peinture à une vanité. Restent des figures sans voix, blanche de corps sous la lune. Elles gardent une certaine constance au fil des décennies.  Par elles montent les questions généalogiques :  Que sommes-nous dans le temps ? D'où venons-nous ? De quoi sommes-nous orphelin? Il y a dans cette approche un effet de mur sur lequel nous buttons mais aussi de transparence puisque l'artiste nous le fait traverser. Les vieux enfants que nous sommes scrutent alors ce derrière de miroir. Pourtant Michèle Katz ne fait pas de nous des narcisses mélancoliques rendus dépressifs par la maladie de l'idéalité d'amours enfantines. Elle met en mouvement  la mémoire  par une dynamique  de violence et de fascination (érotisation) . Elle provoque une décharge quasiment physique dans laquelle jouent  l’émotion, la mémoire en un étrange échange “ génétique ” entre le réel et ce qui en est recomposé

Une telle expérience ne peut laisser indemne.  Nous sommes soumis à une inavouable communauté dont nous devenons partie prenante. Reste l’abrupt et la verticalité des oeuvres sur papier et leur intimité errante. Michèle Katz sait que rien n’est plus obscur que les souvenirs des êtres. Et elle leur donne une lumière germinative au moment où une autre lumière, celle de crépuscule, commence à terrasser le jour.  L'inverse est vrai aussi. C'est pourquoi la créatrice  ne cesse de reprendre le pas du pas. Demeure son regard insolent et hautain face au néant qui gronde, plus loin, plus loin et si proche pourtant. Clarté comme à venir  mais qui  reste en suspens.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.