Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Marie L.


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MARIE L. : L’AMOUR, LA MORT , LA FEMME

par Jean-Paul Gavard-Perret

Marie L. One day (*)
Pierre Bourgeade aimait s’entourer de femmes, aimait s’entourer de Marie. Vers la fin de sa vie il y eut Marie Morel. Mais il y eut aussi une autre artiste fort Marie. Et plus énigmatique. Elle signe ses œuvres d’un simple « L » accolé à son prénom.  Marie L. reste donc son seul nom, sa seule identification. Elle édite aujourd’hui huit autoportraits aussi étranges que magnifiques aux éditions  « Mémoires » d’Eric Coisel sous le titre « One day » (*).

Ce livre est énigmatique dans la mesure où l’artiste en photographiant sa tête prend soin de cacher son crâne. A cela une raison intime, une douleur profonde qu’il faut  passer sous silence. Cette volonté de laisser cachée une partie du visage rend les autoportraits plus surprenants encore. Nous quittons le registre des précédentes réalisations de l’artiste. L’atmosphère iconographique n’est plus celui de « Noli me tangere », « Petite mort », « Confessée » ou même « Red Sofia Song ». L’entreprise est devenue plus grave. Mais plus nue encore. Et aussi riche plastiquement que ténébreuse. Chaque portrait possède  une  force centrifuge. Il n’est plus seulement là pour soulever du fantasme. Il rappelle la fragilité de l’existence de celle qui fut – et qui  reste – l’égérie de biens des désirs refoulés.

 « One day » fait partie de ces « glaïeuls incendiaires » dont parle Jacques Henric et qui poussent plus loin la nudité selon ici des voies impénétrables. Toutefois ces fleurs « vénéneuses » parviennent à y glisser leurs tubéreuses. Reste encore le jardin des délices au moment où la petite mort est  gangrenée  par une mort plus grande et dont on ne se remet pas toujours. Pourtant le plaisir demeure pour Marie L. le fou de ses photographies et de ses prises. Certes un (très gros) grain de sable est venu perturber le splendide agencement de la fête des corps. Néanmoins C’est Marie L. monte et montre une suite d’autoportraits sans aucune redondance en un fantastique jeu de poses stratégiques. Chaque photographie ajoure les stigmates du mal dans la volonté de l’ajourner par instinct de vie.

Il y a là une prise de plaisir par celle qui reste fileuse de fantasmes et aussi  victime. Mais il y a plus. Surgit une ironisation subtile. Elle devient une sorte de pied de nez iconographique à la mort qui est donnée. Dans ce but Marie L. nous fait entrer en son étrange théâtre d’ombres intimes. A la suite d’un mouvement entamé par Bataille puis par Bourgeade  l’héroïne tient le coup. Elle est centre et non absence. Elle s’inscrit en faut par surrection contre tout type de disparition - si ce n’est d’une partie de la tête jugée « obscène ». Le visage bascule pour saisir la lumière et rejeter dans l’ombre tout ce qui pourrait rappeler la mort. Contre le désordre du chaos Marie L.  crée de la sorte un état d'absolue présence.

Et soudain un autre érotisme apparaît. Nous ne sommes plus dans l’ordre des fantômes de château de cartes érotiques. Certes on aimait jouer avec ces images qui étaient des ancres jetées dans le sexe pour qu’on s’y arrime.  Mais désormais le lien devient à la fois plus distancié mais plus puissant. Marie L. ne cherche plus par l’autoportrait photographique l’éclat des choses visibles mais l’éclat du vivant qui se reflète dans son visage habilement cadré et décadré.

Au sein de saillances et d’effets de pans la photographie devient autant une esthétique qu’une éthique du vivant. Face au désastre émerge une façon de recommencer le voyage du vivant dans une symphonie minimale térébrante et cérémonielle de noir et blanc. La lumière lave le visage d’un souffle nu. S’y retrouve une chair d’orchidée. Un brasier reprend sève dans un corps qui se pensa vaincu et presque calciné.

Reste à savoir ce qu’il en est des amours de naguère où sur un banc fleurissaient des étreintes en tenailles. Ici de nouvelles prises plus solitaires se superposent à l’éphémère dans un étrange couloir. Marie L. a traversé le miroir. Son élégance gratte toujours autant le verni des apparences . Elle ramène la carne hors de ses blindages afin qu’en dépasse l’âme à fleur de peau.  Peu importe l’énigme. Peu importe le L . Marie est toutes les elles. Marie reste le fruit défendu. Au regardeur appartient la main qui la cueille. Qui l’accueille. Il se souvient du temps où les caresses de sa langue faisait fleurir l’ivresse qui déshabille les bouches et le reste. Mais surgit une nouvelle clarté. Dans « One Day » une lumière de lune s’approche curieuse de  l’amour à la renverse.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

(*)ONE DAY, ouvrage avec 9 autoportraits originaux de Marie L. Ce volume des éditions Collection Mémoires dirigée par Eric Coisel, a été achevé d'imprimer le 10 janvier 2010, sur Vélin BFK Rives 250 g par les presses de S.A.I.G. par François Huin à l'Haÿ-les-Roses. Cette édition originale est constituée de 41 exemplaires numérotés et signés, plus quelques H.C. réservés aux collaborateurs. Boîte en plexiglas, format du livre 25 X 32,5

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.