Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Régina Le Moigne

Régina Van Dijk Le Moigne

Née en 1944 à Zwolle aux Pays-Bas.
Diplômée de l'Académie d'Arts Plastiques d'Amersfoort (P.B.).
Séjourne de 1967 à 1969 en Tunisie et s'installe en France en 1970.
Réside dans le Jura français depuis 1975 et y crée en 1980, à Bourg de Sirod, « l'Atelier des Pertes de l'Ain ». C'est ainsi qu'a pris  naissance sa "Maison d'artistes". Durant ces vingt cinq dernières années elle expose principalement en France, en Suisse, aux Pays-Bas, en Belgique, en Pologne et en Allemagne.

Régina Le Moigne : le site


Mirondella,  
galerie d’art en ligne

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REGINA LE MOIGNE : REGARDS, ESPACES, INSTANTS

par Jean-Paul Gavard-Perret

Courtoisie : Régina Le Moigne
regina lemoigneBoules, cocons, rouleaux, colonnes, plaques, vagues, empreintes, sculptures, installations, céramiques : si tout n'est pas parfait chez Régina Le Moigne tant il y a de formes et d'approches, l’ensemble va néanmoins de l'avant. Et l’art est (enfin) placé où il faut. A savoir entre le « cristal et la fumée » (Henri Atlan), entre l'ordre et le désordre. De l'ordre l’artiste ne garde que ce qu’il faut car son danger est la répétition et presque la mort. Le désordre est l'inassouvissement et offre des idées ou pourquoi pas des directives nouvelles avec une part de « risque » qui fait tout l’intérêt d’un travail où le désir de ranger est toujours contrecarré par le souci de désunir.
Régina Le Moigne crée des possibles auxquels nous donnons, nous, le nom d’histoires. Chacun de ses "objets", chacun de ses ensembles sont des fables. A savoir quelque chose qui tente de tenir debout, de tenir le coup alors que notre histoire ne sera jamais rien d'autre qu'un écart. Toutefois l'artiste par ses agencements nous rappelle le désordre qui nous habite et dans lequel elle vient faire le ménage à l'aide de ses structures et de ses propositions qui deviennent des rappels à l’ordre mais sans leçons de morale. C'est pourquoi elle peut tout mettre dans son œuvre. Comme chez Boris Vian « des cancrelats et des savates, des oeufs durs à la tomate et des objets compromettants » pourraient y prendre place. Regina Le Moigne saurait y mettre bon ordre.
Jouant avec les lieux et les supports ,  l'artiste crée ses indices d’ « évidences » et ses cassures  en réaction profonde aux dynamiques du réel auxquelles elle procure ses propres contrecoups. D’où cette insatisfaction par la beauté qui surgit de ses oeuvres et de leur trouble  dans une perspective héritée autant de l'art athénien que des tracés japonais.. Contre le « chaomorphisme » surgit l'attente d’un monde. La créatrice esquisse puis rassemble. L'énergie des traces (livres, empreintes, strates, etc.) est là. Il n'est pas jusqu'aux « vides » pour créer des espaces limites conducteurs et formateurs d’un autre niveau de conscience par la tension sensorielle que l'artiste provoque.
Ce qui est montré n'est donc plus ce qu’on voit souvent à travers les images : la trahison par le mensonge de l'exhibition de seuls temps forts. A l’inverse Régina Le Moigne nous fait ressentir le manque dont la femme connaît peut-être plus le centre et le sens. Il convient donc de ne pas passer à côté de son œuvre. Elle est à la fois une métaphore du manque et de fulguration sans surnaturel mais avec la signifiance essentielle à l'opposé d'un happening même dans ses installations.
Cette affirmation formelle exige un degré supérieur d'abstraction esthétique. Le travail de l'artiste n'est cependant jamais formaliste. Il implique un degré important de recueillement et de réflexion. S'abstenant de toute pensée discursive, la créatrice pense par images peu chargées en couleurs. Le blanc domine généralement. Il devient archétype. Il n'y a plus besoin de décor. La solennité tient d'ailleurs un très grand rôle dans ce dispositif où la trace semble l'objet d'un culte. Le blanc atteint ainsi un Supremus. Et les questions qu'il pose sont les suivantes : mais que verra-t-on enfin ? Et dans quel spectacle ?
Ce qui nous fascine dans l' œuvre est donc avant tout sa spacieuse mélancolie, sa solitude extensive et lumineuse et son drame solaire. L'artiste se fait couturière, jardinière, dentellière, menuisière. Morcelée, déconstruite jusque dans les matières l'œuvre permet de reconnaître une inclinaison mélancolique et une apparence fausse de présent. Mais les espaces créés, plus que ceux du passé, redeviennent ceux du passage et de la prémonition. Surgit une ressemblance étrange qui nous rapproche de l’angoisse. Emerge une secrète parenté entre le rêve et le théâtre toujours plus vrai que la réalité. L’imaginaire atteint alors ses propres limites, sa frontière. Régina Le Moigne repose à sa manière la question de l'art. Donc de la vie. Créer tient en ce défi, cette exigence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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