SANDRINE LEMONNE ET LES NUAGES MERVEILLEUX
par Jean-Paul Gavard-Perret

Sandrine Lemonne demande à la photographie un accent imperceptible, un ennui dissipé, un bonheur enfatin, une onction de salves. La mer, la neige et les êtres eux-mêmes semblent avancer à travers de merveilleux nuages à faire pâlir d'envie Baudelaire. Leur présence se situe non un là bas mais un tout proche. Elle provoque des embarquements loin du ciel où vrombissement des moteurs du D.C 8.. On y avance comme en une émulsion de neige. Elle triomphe du réel. Entre en jeu -jusque par l'humour - un peu de puissance occulte.
Le monde est immergé dans un bain ouaté ou plutôt une béance. C'est la hantise de l'air. Celle de l'art aussi. C'est un pays natal mais surtout un embarquement loin des foules qui conduisent souvent au troupeau anonyme des vagues. A leur violoence Sandrine Lemonne préfère un jupon d'écume où se trempe peut-être le bas de sa jupe.
La photographie a tout d'une traversée heureuse au péril du ciel. Des êtres y flottent lentement sous nos yeux alors que la profondeur de champ continue. Nous y avançons nous-mêmes. Cela revient en cadence. Voir de telles photographies habilement construites revient à écouter le silence. Nous sommes comme à la terrasse de divers mondes, de divers lieux en appel d'air. Il avance lentement vers nous, génère un excédent.
Oui on entend le silence. Mais on peut autant imaginer percevoir un son continu de violoncelle. L'archet frotte la rondeur de la plus grave des cordes. Il arrive nécessairement à bout de course... mais cela continue, cela continue. L'archet frotte trop faible sur la corde pour que le son devienne de véritables notes. On décèle pourtant des différences de tonalité. Pas d'autre bruit, le monde oscille devant les fenêtres de Sandrine Lemonne. Il semble chaud même lorsque la neige est là.
Surgit tout un espace infini et pourtant “encadré” de nuages qui absorbent, renvoient, épongent et transforment les bruits incongrus, imparfaits. A peine si on perçoit un robinet qui continue de se laisser entendre. On a dû oublier de le fermer, après avoir arrosé les plants de fraisiers et ceux de melons. On entend l'eau goutter et le bruit que fait la tuyauterie loin à l'intérieur des murs. On l'oublie pour se perdre dans des images d'un univers en un certain déséquilibre ménagé face à l'indifférence du monde. Reste cette percée poétique et aérienne. Il ne faut pourtant plus parler de la légèreté de l’air mais de sa grâce : car Sandrine Lemonne fait passer au milieu des choses et des lieux. Elle en connaît le prix et parfois la vanité.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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