Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Leonardo Cremonini

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Leonardo Cremonini

Né à Bologne (Italie) en 1925, installé à Paris en 1951.


Leonardo Cremonini, peintre de la volupté.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

A l’origine avec des toiles comme « Les Agaves » (1954-56) Cremonini a rêvé une peinture capable de créer une unité entre les formes minérales, végétales et animales. Le peintre voulait donner à voir le visible qui est antérieur à toute dénomination. Ce qu’il expliquait ainsi : « Si j’avais ignoré le nom de la rose j’aurais pu croire qu’il s’agissait d’un serpent venimeux, tellement sa forme est inquiétante, menaçante, troublante ». Mais pour autant sa peinture n’est pas nostalgique : elle est au contraire utopique dans sa violence. Il ne s’agit pas pour lui à travers elle de créer un art comparable à celui des jardins nés de la nécessité sociale d’étouffer le désir de paradis et donc d’offrir des images rassurantes et bienveillantes mais de les ouvrir à ce qu’il nomme « la violence sans nom ». Elle possède chez lui une autre dénomination :
la volupté.

La dynamique érotique parcourt l’œuvre : c’est le mouvement du lierre autour d’un tronc, le cheminement d’une racine entre les cailloux, l’irruption d’une coulée volcanique. Et si sa peinture perd cependant sa référence à la nature elle débouche sur une forme d’abstraction particulière entre les deux pôles de la forme et de l’informe. Son fameux tableau de l’enfant aux yeux bandés (« Colin-maillard ») est une métaphore du peintre lui-même. Des régularités le cernent, le menacent, le repoussent vers l’informe où son corps est à demi effacé. Mais sous son bandeau l’enfant poursuit son jeu dangereux au risque de se perdre mais au titre de la jouissance.

L’artiste italien ne cesse de jouer des doubles et des contraires Ce sont pour lui les dons de l’altérité. Celle-ci ouvre justement au danger mais surtout à la volupté.

 

 

Cremonini, 1958-1962 : Minéral, Végétal, Animal
de Michel Butor et Pierre Emmanuel


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Tout dans l’œuvre est dynamisme : il faut que la matière picturale soit aussi vivante qu’une matière organique, que la surface peinte soit « comme la peau d’un sein ». Mais il faut en même temps que la structure formelle d’un tableau reste habitée par une pensée d’homme. La forme et l’informe, l’abstrait et le concret ont donc chez lui partie liée comme il l’écrit « les mauvaises herbes de ma peinture c’est moi qui les invente ». D’où cette lutte, ce rapport constant et voluptueux entre les zones informelles et les zones représentatives afin de trouver dans un équilibre formel le fonctionnement poétique et érotique exceptionnel de chacun de ses tableaux.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

 


Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.