Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Leonor

Mirondella
galerie d’art en ligne

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Exposition permanente

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BARBARA LEONOR : « ETRANGER » L’ANIMAL .

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

leonor barbaraL’homme est souvent gêné par les animaux : ils encombrent la nature et s’opposent à lui. La plupart désireraient s’en débarrasser. Un tel sentiment n’existe pas chez Barbara Leonor. Sa figuration rappelle parfois celle à qui elle a (peut-être) emprunté le prénom : Leonor Finir. L’oeuvre rameute les bêtes pour les faire vivre selon  le dressage sauvage de son imaginaire. Sans gravité certes. Mais il ne s’agit pas pour autant d’une distraction ou d’un amusement.  La délectation joyeuse et l’acidité ironique joue à plein.. L’artiste fait donc société avec eux quand la société des hommes lui en laisse le loisir. Et en peignant et modelant les animaux elle ne cherche pas à en faire une simple métaphore. Et dans cet art qu’on dit désormais mineur (l’art animalier) elle vient exorciser les peurs en accordant à ses animaux une valeur magique et un art de vivre.

Barbara Leonor prend (aussi) à revers  les peintres animaliers aux idées générales qui sacralisent la bête. Le lion de Rembrandt n’est pas de son cercle et elle ne pense pas à ses « modèles » selon une idée esthétique ancienne. C’est pourquoi la re-présentation animale ne prend pas chez elle une des deux voies classiques d’une telle thématique : celle d’une naïveté un peu béate ou d’une virtuosité grandiloquente. A la lourdeur elle préfère une sorte de détachement, de désinvolture qui empêchent de tomber dans la mièvrerie de tout tableau ou sculpture de genre. Elle joue aussi du renversement. L’être n’est plus « singé » symboliquement par l’animal : ce dernier se travestit ironiquement en des oripeaux humains à travers – et en particulier - des terres cuites ou des structures d’éléments recyclés (bois, carton, etc.)  aussi oniriques que sarcastiques.

Chacun de ses animaux semble porter sa propre aire et sa propre discipline mais fait preuve de tout son charme aussi (certains n’hésitent pas à poser dans une indifférence feinte). Si bien qu’avec un tel bestiaire nous sommes comme entourés de points d’interrogation vivants.  L’animal est donc une machine esthétique et non morale. Barbara Leonor recrée leurs vagabondages intempestifs si bien qu’ils nous intéressent passionnément car la vision de l’animal est dressée pour que ce dernier reste sans appel et sans réponse. Les bêtes nous renvoient ainsi un étrange miroir par l’intermédiaire de l’artiste qui les dompte picturalement à cet égard.

Et si l’être a traité plastiquement de tous temps (et depuis l’origine – cf. Lascaux )  des animaux, ceux de Barbara Leonor ne sont ni anges ni bêtes. Et pas même démons.  L’artiste leur conserve leur clôture parfaite mais sans souci de les reproduire à l’identique, de manière naturelle, « écologique ». Elle ne cherche pas le moins du monde à vérifier avec la bête la supériorité humaine mais elle ne tombe pas plus dans une admiration béate du phénomène animal. Elle trouve en son bestiaire idées et images sans se parer des plumes de paon.

Son admiration des créatures de la création trouve donc un foyer propice à divers types de dérivations. Et parfois des modèles de beauté. Barbara Leonor, le paysage étant épuisé, cherche par sa figuration plastique le moyen d’exprimer des réalités « objectives » dignes d’intérêt qu’elle traite sans surenchère et avec ironie. L’animal est avant tout un langage ce qui revient à ne pas attacher d’importance à tel ou tel animal mais à la manière dont il est « étrangé »  pour qu’il devienne langage loin de toutes psychologisation à deux ronds et d’un simple rabattement symbolique. Nous sommes éloignés du reliquaire que de l’icône. L’animal est donc à mi-chemin entre ce qu’il est lui-même et le signe d’un système d’une grammaire iconoclaste.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.