LIZ’STICKS : VEILLÉES NOCTURNES ET FETES DIURNES
par Jean-Paul Gavard-Perret
Liz’Sticks - Mystère du Rêve (Série 'Sacré')
Il existe dans les collages de Lise Menu Noack allias Liz’Sticks quelque chose d’étrange et qui ravit. Peut-être - sans doute même - parce qu’il demeure toujours en de telles images « pieuses » et sacrilèges à la fois une angoisse sourde mais surtout l’humour qui sauve. Le collage permet en effet toujours des montages paradoxaux et chez Liz’Stick plus que chez d’autres artistes. Cette technique ouvre une étrangeté dans la confrontation du proche et du lointain par l’intrusion de différents temps grâce à l’intrusion d’images de natures diverses sur lesquelles l’artiste vient mettre son empreinte picturale.
Tout est familier et doux en même temps qu’inquiétant. Le monde devient mystérieux parce que, entre autres, il traverse les époques. Certains collages renvoient à un en-deçà, à un séjour prénatal dont le paradis chrétien ne serait qu’une pâle projection (dans « Les droits de l’enfant » par exemple). D’autres sont plus chargés de présent pour dire d’autres formes d’amour de manières légèrement perverses et distanciées. On se retrouve parfois l’orée de l’antique (Lesbos), dans la patrie des amantes à l’endroit où elles aimeraient sans doute séjourner (et nous avec…).
Tout reste cependant habilement ambigu. Si bien qu’on se demande si l’amour (quel qu’en soit l’objet ou la forme) ne viendrait pas seulement des paysages rêvés par l’artiste. Vignettes, supports de vieux livres, peintures, tout se met à vibrer. Avec l’impression indicible de percer la clôture de notre sagesse et de pénétrer en un Eden intra-utérin. Le collage devient - plus que reposoir - un lieu de naissance qui rappelle ce que Leonor Fini disait de ses œuvres : « je t’ai fait dans mon ventre un don de fièvre ». Germent d’étranges tubercules qu’on aurait oublié en naissant. On se met à rêver à de nouveaux printemps, à des parfums qui renaissent là où des femmes aux chevelures noires parsemées de perles blanches comme des grains de riz nous entraînent dans des soleils de midi ou des pleines lunes de Mars.
Les personnages de Liz’Sticks restent jusque dans leur feinte de proximité merveilleusement irréels. Ils semblent aussi tenir les seuils d’une porte invisible mais qui nous est refusé par le piège de la beauté offerte. En effet, masculins ou féminins les « anges » de l’artistes sont intouchables. Leur beauté est à la fois l’aimant qui fait se tendre vers lui sa semblable, sa soeur d’amour . Mais en même temps celui (ou celle) qui les contemple paraît exclu du mystère du lieu. Au mieux il est voué à s’anéantir dans sa contemplation.
Voilà le signe que la féminité chez l’artiste triomphe calmement en une œuvre où il n’existe plus de passivité. La femme ne combat plus un agresseur. Il lui suffit d’être - à travers le collage - ce qu’elle est. Détentrice de la vraie force de vie.. Dès lors, l’homme (le voyeur) ne peut plus croire que cette femme est la simple fabricante d’objets qui répondrait à son propre désir. Il perd son droit divin et de simple cuissage. Il n’a qu’à répondre à l’attente de lui même comme si le voyeur ne regardait que sa propre défaite.
Exit pourtant la peur et la terreur. Certes l’angoisse perdure mais appartient à un autre ordre que celui du risque de la dévoration. L’image n’est plus la mante religieuse qui attaque provocante et inductrice de fascination, de panique et d’effroi. Et même si la fascination existe, elle n’invite à aucun sacrifice mais pas plus à l’abandon. L’homme ne peut s’engager au dedans du plaisir : il est réduit à une pure contemplation de « façade ». D’autant que via l’iconographie utilisée pour ses collages Liz’Sticks nimbe souvent ses personnages dans des vêtements de sacerdoce païen. Ils ne sont pas des anges-natures. Ils ne se réduisent pas non plus à être des blasons du religieux.
Que des vêtements les drapent ou qu’ils soient presque nus ce n’est pas tant une puissance érotique qui se dégage qu’une sorte d’attente éternelle, à l’antique.. Avec ironie, Liz’Stick monte ses œuvres comme d’immenses décors. On ne sait si l’angélisme est (encore) l’avenir de l’homme. Dans tous les cas cet avenir n’est plus celui qu’il espérait de ses vœux de désir. Du moins avant de franchir la porte avide de fermentations qui a priori n’avaient rien de séraphiques. Toutefois en ces collages montrer n’est pas jouer. Et exhiber n’est jamais pour l’artiste tout mettre à nu. Restent, sinon des polichinelles, du moins des chérubins dans des tiroirs. C’’est pourquoi en un travail où la représentation « humaine » est prépondérante les blasons du corps sont là pour inciter le voyeur à des éloges. Ceux-ci prennent des nuits entières de récitations.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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