MIREILLE LOUGARRE ET L'INTENSITE LYRIQUE
par Jean-Paul Gavard-Perret
Pour Mireille Lougarre et dans son vaste champ d’exploration chaque tableau marque un commencement, un nouveau départ dans l’inconnu. Sa marche en avant se poursuit quand les théories et les constructions de l’esprit cessent d’être un viatique suffisant. C'est à travers le bleu en tant non seulement que fond mais comme réflexion, méditation et création de formes que tout se joue; Cette couleur constitue le soubassement et le guide du travail de l'artiste. Elle y continue de grandir et d’accroître ses pouvoirs. Chaque tableau va au-delà des formules dont elle procède. Chacun ne laisse presque rien subsister à son terme des conflits qui ont pu opposer en chemin l’expérience de la peinture à la pensée.
Les idées et les intentions sont des pierres de l’édifice au même titre que le bleu et sa lumière. A partir d’un certain seuil, tout s’y perd, s’y engloutit mais en même temps en gicle. Malgré un préjugé tenace le bleu devient le contraire d’une froideur. Il permet de devenir multiplicateur de la surprise et de la découverte. Ce n’est plus simplement une fraîcheur matinale que nous éprouvons devant les toiles. Elles mènent au risque pur auquel l’expérience spirituelle et plastique doivent s’exposer tout entière pour s’accomplir, c’est-à-dire finalement s’effacer devant l’autonomie de l’œuvre.
Mireille Lougarre à travers sa réflexion et son audace recherche l’intensité lyrique qui s’éloigne de la précision formelle. Plus cavalière que géomètre, elle crée un étrange univers ou l'abstraction n'hésite pas à délivrer les éléments épars, disjoints, fruits du jaillissement, de la jubilation auxquels incline la sensibilité de l'artiste. Elle semble retarder l’acte de peindre afin d’accumuler de l’énergie, de la concentrer afin de laisser éclater, grandir et accroître ses pouvoirs sur la toile. Mais c’est parce que chaque tableau va au-delà des formules dont il procède, et qu’il ne laisse presque rien subsister à son terme des conflits qui ont pu opposer en chemin, qu’il devient l’expérience d’une pensée qui se perd, s’engloutit dans ce qui reste "l’ inévaluable exploit de peindre".
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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