Lucie Duval : avec des gants et pour ne pas en mettre
par Jean-Paul Gavard-PerretLucie Duval, "Manipulation, Processing, Intrigue", Galerie Isabelle Gounod, Paris, 7 novembre - 13 décembre 2008.
Lucie Duval est québecoise. Elle expose régulièrement dans "La Belle Province" comme au Canada en général, aux USA, en Europe et en Asie. Fidèle au ready-made mais en le complexifiant, elle aime détourner les objets et les mots de leur fonction première pour mettre de manière ironique en évidence les contradictions de notre monde.
Elle crée des vêtements-sculptures accompagnés de photographies : les mots s'y collent en surimpression.. Depuis quelques années tout son travail s'oriente sur un objet basique : le gant. Pas celui d'apparat mais le plus commun celui de travail. Il permet une série d'agencements, de "plumages", de paradoxale haute couture. Il devient le "pré-texte" au travail de photographie.
L’image comme l'objet de sa prise permettent un travail de découpage, de démembrement et de reprise. Le gant ne protège plus. Laissant la main, il entre dans un état d'inutilité constitutive. Il se situe soudain entre consistance et inconsistance de l’existant au delà des surfaces rassurantes que normalement il recouvre.
De cette approche surgissent la fascination de l’imaginaire et celle de la nudité. Il permet de passer de la simplification à une invisibilité qui est là mais qu’on ne voit pas encore. Nous pénétrons aussi dans une verbalisation décalée qui permet de saisir d'autres significations par rapport au sens premier. Images et mots découplent des visions acquises. Il faut juste savoir entrer dans ce demi-jour de l’inconnu face à la fausse clarté de l'évidence qui réduit les formes à leurs apparences et au flou qui les diluent de manière évasive. Etirant démesurément le sens des mots comme la matière "gantique", Lucie Duval nous projette vers des zones plus profondes qui s’excluent autant de la simple lucidité d’apparat que de la pure rêverie évanescente. C'est sans doute pourquoi, soudain, une vérité nue nous fait face : elle est faite des mots les plus simples et de la matière objet la plus simple qui - on le sait, mais l'artiste nous le prouve on ne le peut moeux à travers ses installations - n'est jamais une simple image.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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