Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

LUO Dan


Luo Dan

luo dan
courtoisie : galerie Taïs

Né en 1968 à Chongqing, près du barrage des Trois Gorges, il vit aujourd’hui à Chengdu, dans le Sichuan.
Diplômé du Sichuan Fine Art Institute en 1992, il travaille comme photoreporter depuis 1997 pour des journaux et
magazines chinois (Chengdu evening paper, HuaXi city paper). Il a remporté de nombreux prix journalistiques nationaux
et régionaux depuis 1998.

Présent en France à la galerie Taïs



C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale. En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.

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LUO DAN : TRISTE ET BLESSÉ

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Luo Dan China route 318 Three Gorge Zigui Hubel (courtoisie Galerie Taïs)
luo dan
Avec ses paysages fixés dans les brumes et leurs personnages au regard perdu vers l'horizon ou fixé et vide face à l'objectif, Luo Dan est de ceux qui avait déjà prévu la crise du capitalisme post maoïsme.
Désenchanté presque par avance le photographe montre un Chine déboussolée. L'artiste se met en réactivité face à un développement économique exponentiel mais inégalitaire. Il est d'ailleurs est parfois critiqué à cause de ce regard désabusé. Mais n'est-il pas de fait le parfait exemple d'un futuriste lucide ? Par son approche l'artiste illustre le développement à bascule d'un pays où 1 % de la population s'enrichit au moment où les 99% autres ne peuvent que constater une sorte d'état déliquescent. La pratique d'un capitaliste sauvage n'offre de solutions qu'aux aventuriers de tout acabit. Entre autres selon Luo Dan : " les anciens politiciens proches du pouvoir maoïste qui se mêlaient à d'anciens prisonniers". Les valeurs d'avant sont certes détruites mais celles qui les remplacent ne valent guère mieux. Elles font la part belle à l'argent, à l'individualisme outrancier et à des joies bien éphémères pour la majorité de ceux qui n'en recueillent que des miettes.

Luo Dan ausculte les failles d'un système dont il comprend les limites.
Il trouve une nouvelle façon de présenter l'échec d'un système qui n'incline en rien vers la générosité. En ce sens ses photos restent capitales car elles soulignent le rôle essentiel des apparences dans la création de la "valeur". L'artiste a appris chez les photographes américains une manière de saisir le réel qui ne se paye pas d'effets même si ses œuvres restent savamment construites et animées du sourd fleuve intérieur qui anime ce créateur. Luo Dans demeure le plus sophistiqué et le plus délicat des photographes chinois. En se concentrant sur l'humain il le soulève ou l'écrase. On retient son souffle face à des séries qui gardent la force d’extirper l’énigme d'un monde secoué de spasmes. Le noir et blanc comme la couleur semblent illustrer une lutte, un geste désespéré d'une résistance larvée. Luo Dan fait donc éclater les masques du “ je ” économique. Il éclaire l’opacité du règne énigmatique de l'apparence en de longues vibrations de lumière.
Du simple regard d'un enfant surgit la trace et l’ajour d’une existence prisonnière. Elle permet une sorte d'évasion, de soulèvement de l'intérieur prêt à se concrétiser en révolte même si, pour le moment, elle ne fait que moutonner placidement.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.