Artistes de référence

Maev



Art-thérapie : La peinture qui guérit
Michèle Curinier

Sous la forme d'un bref récit poétique, mêlant son itinéraire à celui des personnes qu'elle accompagne, l'auteur nous initie à la pratique de l'art-thérapie, ici la peinture thérapeutique. Elle nous montre comment l'acte créateur bouscule le fondement même de l'être. Le geste nécessite une liberté intérieure qui ne peut être fabriquée par la pensée. Il s'agit d'un chemin à parcourir où les sens nous ouvrent à la créativité et à la spiritualité. Le corps, le mental et l'âme peuvent s'accorder, faisant sauter les verrous de la dualité qui nous morcellent. Si la voie thérapeutique conseille de regarder ses blessures pour mieux les surmonter, c'est en reconnaissant les forces qu'elles ont fait naître en nous, que nous pourrons guérir et retrouver la vie. C'est dans une approche multidimentionnelle de l'être humain, une approche moins fragmentée de la médecine, de la psychologie et de la spiritualité, que l'on peut retrouver la joie en nous, l'élan vital qui guérit le corps et l'esprit, conduisant à notre véritable " moi ".
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MAEV : LA MATIERE DE LA GRÂCE
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Dans l 'œuvre de Maev émerge le pouvoir de l'étrangeté comme de l'évidence. L'expérience d'une sorte d'infini dans la proximité en acceptant le défi de l'émotion. Les œuvres appellent au sentir vrai Que dire d'autre en effet, devant ces tableaux, sinon l'émotion qui prend par surprise et laisse abasourdi jusqu'à provoquer le point de rupture de la pensée ? 

Dans le " vieil " espace de la peinture Maev ramène la forme de joie existentielle qui n'a rien de superficielle. La profondeur est scrutée loin de tout narcissisme mélancolique. Aux gouffres rendues instables par le maladie de l'idéalité l'artiste donne une ouverture, un jaillissement dégagé de tout miasme 

L'artiste crée un processus nomade des réseaux de fragments architecturaux construits pour l'éloge de la beauté. L'artiste fait ainsi l'éloge des lieux qu'elle réinvente comme fiction dans une série de volutes et de couleurs vibrantes à base de rose et de rouge. Sa peinture est vraie, en une série mouvante de plans plus que de " dépositions ". 

La matière peinture ne " repose " pas elle fait corps avec la thématique de l'oeuvre. D'où cette dimension rare dans l'art contemporain. A savoir la recherche terrestre de l'envol, l'appel d'air mais au sein même de ce que la matière possède de plus sensuel voire dionysiaque. 

L'espace du ciel lui-même devient un volume de feu. Les toiles surgissent telles de grandes constellations. Elles sont aussi des fixations tout en pensant la fixation comme l'effet d'un déplacement. On peut affirmer en ce sens que Maev travaille la matière et l'idée (ou l'affect) dans ce qui n'appartient pas au registre de l'imagerie mais d'une sorte d'athéisme de l'image pieuse - à savoir cérémonielle. 

Les œuvres encensent le monde en se développant organiquement non tant par leur thème mais à travers le langage de la peinture elle-même, ses formes, ses couleurs et sous diverses registres. Maev ne se limite donc pas à l'exercice du recouvrement, du frottage ou du simple vernis. Elle est à la recherche de l'image qui fait sortir de nous-mêmes et en même temps pousse au fond de soi dans un exercice non de cruauté mais de tendre sensorielle. 

Maev situe dans l'hors et le dedans. Dans un lieu (ou non-lieu) par excellence qui nous enseigne ce que "aître" ou "demeure" veulent dire : serait demeure de l'être non pas ce que dans quoi nous habitons mais ce qui nous incorpore à la tendresse du monde. Il existe le mystère de l'échange et un acte d'amour car : " dans la peinture l'amour préside au chemin - il n'y a pas de chemin où il n'y a pas d'amour" écrit Danielle Mémoire. L'œuvre de Maev le prouve. 

Pour autant ses tableaux ne sont pas un horizon platement poétique (au sens galvaudé du terme) mais bien la paradoxale connaissance. Le corps s'y perd (l'âme idem). Il faut faire avec ces volumes pleins de sensation par effet d'épaisseur sensiblement diaphane. 

Face à ce travail nous ne sommes plus seulement des ombres survivantes. Et Giacometti le savait : selon lui pour qu'un tableau soit intéressant il faut qu'il soit " inquiétant " mais sans jamais jouer sur le monstrueux. Ici c'est la beauté et sa saveur de paradis même qui inquiètent. 

L'œuvre de Maev reste corps et graphie donc chorégraphie. En quelques rondeurs symboliques (mais pas seulement) le corps est magnifié. Corps de femme qui nous échappe comme la peinture nous dépasse. Mais c'est bien ainsi : il faut admirer l'"autre" dans un tableau et ne pas prendre celui-ci pour un miroir face auquel nous resterions seuls avec notre désir. C'est pourquoi de tels tableaux nous affectent : ils nous regardent. Et parfois -égoïstement - on voudrait presque qu'il ne regarde que nous… 

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.