Artistes de référence

René Magritte

Ecrits complets de René Magritte
édition d'André Blavier chez Flammarion

Qui était au juste René Magritte (1898-1967) ? Tout le monde reconnaît aujourd'hui du premier coup d'œil l'une de ses peintures. Les plus érudits discernent même dans son œuvre l'un des développements les plus originaux du surréalisme. Mais Magritte était-il véritablement surréaliste ? L'interprétation de son art ne repose-t-elle pas sur un malentendu largement entretenu par l'artiste lui-même ? La publication des écrits complets de cet artiste belge apporte de nombreuses réponses. Ce volumineux livre compile l'ensemble des textes, tracts et interviews, publiés de son vivant ou retrouvés dans ses archives. Passionnants à plus d'un titre, ces écrits permettent de mieux cerner la pensée d'un artiste qui se méfiait des étiquettes. Cependant, l'extraordinaire travail de documentation fourni par André Blavier nuit à la bonne compréhension de l'ensemble. Le classement de cette masse de documents répond à une logique que l'on a du mal à cerner même si une table des textes et un index alphabétique des thèmes complètent cet impressionnant travail de compilation. --Damien Sausset

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Magritte : Son oeuvre, son musée
de Michel Draguet et Virginie Devillez

Ambitieux et innovant, cet ouvrage est à l'image du Musée Magritte Museum, né d'un partenariat entre les Musées royaux des beaux-arts de Belgique, la Fondation Magritte et GDF SUEZ, qui en ont fait un lieu unique au monde et une référence incontournable pour la mise en valeur et l'étude de l'oeuvre du peintre surréaliste belge René Magritte. Dans un écrin rénové grâce aux compétences de GDF SUEZ, cet espace déploie une muséographie où les techniques les plus actuelles s'unissent à une scénographie qui a su préserver le mystère de la peinture de Magritte. Dans un même esprit, grâce à une alternance judicieuse entre oeuvres d'art et archives, ce livre propose au lecteur de découvrir ou de redécouvrir les grandes images magrittiennes ainsi qu'un aperçu historique de ce que fut le surréalisme. Cette approche donne un relief inédit à la chronologie critique établie par Michel Draguet, qui relate la vie et l'oeuvre de Magritte en s'appuyant sur des documents exceptionnels ainsi que sur des extraits de la correspondance et des écrits de l'artiste. Cette histoire passionnante est complétée par une chronologie de Virginie Devillez qui retrace la formation de la collection du Musée Magritte Museum, illustrée de nombreuses archives appartenant à l'institution. Enfin, représentant le volet " recherche " du musée, la contribution d'Ingrid Goddeeris clôt cette synthèse par une bibliographie inédite consacrée au peintre. Cet ouvrage se veut un hommage à la richesse et à la multiplicité du personnage et de l'oeuvre de René Magritte, véritable icône de l'art moderne et contemporain.

Les auteurs

Michel Draguet, professeur à l'Université libre de Bruxelles, directeur du Centre de recherches René Magritte, est directeur général des Musées royaux des beaux-arts de Belgique.

Virginie Devillez, docteur en philosophie et lettres et responsable des Archives de l'art contemporain en Belgique, est le chef de projet du Musée Magritte.

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Le pays des miracles - 1964
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La Grande Guerre - 1964
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Golconde - 1953
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Le blanc-seing - 1965
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DVD - Portrait de Monsieur René Magritte
Un documentaire de Adrian Maben.
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RENE MAGRITTE
LE POLICHINELLE DANS LE TIROIR.
par Jean-Paul Gavard-Perret

René Magritte, « Ecrits complets » , éditions par André Blavier, coll. Ecrits d’Artistes, Paris, Flammarion,
2009 Ouverture du Musée Magritte, Bruxelles.

 

Comment savoir où mènent les phrases puisque leur seul but est de nous faire parler? Une phrase en appelle une autre. Une phrase en appel de l'autre comme le bec d'éclairage appelle la chute d'eau. On ne peut alors manquer d'apercevoir le profil bas d'un polichinelle poly-chineur dont le nez est formé par une cuisse (gauche la cuisse). Nous sommes contraints, par les textes sans textes (d’une certaine manière) de Magritte, de le parler, de le refaire parler, comme pour se faire du bien. Car il parle le neutre en nous qui nous neutralise. Cela mettre les doigts dans les trous de la prise que le bon René nous tend pour permettre d'éclairer (à 150 watts) la vulve qui est en nous. Bref ce qu'on ne peut voir, que l'on ne peut imaginer - sinon à imaginer le pire.

En nous, grâce à Magritte, l'image de la femme nue (ay Carmela!) - étant donné non le bec d'éclairage mais cette chute d'eau capable de turbiner pour alimenter le spotlight de 150 watts- se voit dans une forme de ciel mais avec des nuages. A travers ce prisme déformant elle permet aussi de nous voir. Voir la noir soeur en nous. Et ne pas faire que l'entrevoir.
C'est en cela que René Magritte est irrécupérable car il nous rend identique à lui au sein de ses "mondes perdus" et ses femmes égarées.
Acceptons le deal : ce n'est plus un con que l'on regarde, c'est nous, les cons, qui le regardons... Et nous voilà entrain de penser comme une femme sans ses dessous, une femme renversée, renversante, humiliée !
Imaginez le reste ! Imaginez les restes ! Si l'employé du gaz ou de l'électricité me trouvait dans cet état… J'aurais beau dire que c'est la faute à René. Je ne ferai qu'aggraver mon cas.

Savoir ainsi que le verre est dans le fruit. Mais les problèmes que pose sont Magritte les suivants : comment l'en faire sortir ? De qui s’agit-il ? Du verre ? Du fruit ? Du problème ? Et qui est le plus précieux ? Il convient de trouver par l'emploi de techniques de représentations décalées de Magritte le coup de force pour s'en débarrasser. Se demander aussi, avant toute action péremptoire, non seulement par où commencer mais qui il faudrait éliminer. Et dès que se pose une telle question on sent bien que rien n'est plus possible.

Bon, bien sûr, on se rassure: en se regardant dans la glace on découvre que le sein et l'épaule droite sont encore d'un homme, et, que, oh joie, entre la vulve et l'aine droite, un renflement suggère une bourse. Même si le doute (on peut imaginer une féminine fesse) est permis, un tel gonflement peut vous permettre de rêver. Toutefois perdure cette terreur de ça en soi, de soi en ça. Jusqu'à se poser de nouvelles questions du type : comment pisser dans la cuvette des W-C ? Question jusque là simplette mais qui devient un piège, une machination. Que faire alors?
Que faire de toutes les images de René ? Où mènent-elles ? Avec ce verre en soi, avec ce verre à soie. Avec aussi ce polichinelle dans le tiroir, nous ne sommes (sauf à se transexualiser) qu'impouvoir. Qu'impouvoir mais puissance peut-être. La puissance de l'avalé(e), de l'avalant(e), de l'avalanche. Nous sommes notre propre mante à peine religieuse mais agenouillée, puisque la messe est dite. Nous sommes par la magie de la peinture comme survoltés et apaisé s(le verre n'est pas un conducteur).


La Folie des Grandeurs II - 1948-49
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Le brave Monsieur René est sans doute un sacré rusé. Je ne suis plus une machine célibataire je suis aussi une belle mariée. Je suis, dans mon miroir, cette surface plane, une mariée tridimensionnelle. En moi. D'où les mois. D'où l'émoi. Le jeune homme triste n'est plus seulement ce « nu descendant un escalier », où, du moins, il relève la tête. Il peut jouir d'une certaine considération froide que portent, aussi, de biais, des pairs d'yeux qui ne sont plus seulement des yeux imaginaires. Le jeune homme remonte l'escalier jusqu'aux combles du château. A tout moment il croit qu'il va mourir du plaisir qu'il découvre (de la main et à toute faim utile). Mais dans son cabinet une glycine, pour l'épier, passe par l'entrebâillement sa tête odorante. Imaginez à nouveau le reste. La pensée exaltée par un plaisir qu'il sent plus vaste.

On estime, à ce niveau d'exécution, le courage qu'il fallut au René Magritte afin que son énergie ne soit pas déroutée, mais juste retardée, détournée, transformée. On osa appeler ça : passer la main. Mais on ne dit pas où et comment… Tout ce qu'on sait, c'est que ça finit par arriver. Mais Magritte nous aura appris que le corps passionnel ne pouvait se rendre aux taches d'exécutions reproductives.
Masculin-Féminin: seule la stupidité de l'intelligence se tient dans cette idée de la réconciliation. Car il y de la femme, il y a de l'homme. Dans les deux il y a de l'enculé(e), mais en dépit de l'absence de procréation chez l'un (et pas toujours désormais grâce au progrès de la science), le polichinelle demeure dans le tiroir. Il est le cardan, l'arbre de transmission, la machine agricole. Et Magritte par ce biais nous rappelle que dans le désir de faire jouir la femme, en l'homme il y a pire que la vanité de la gaudriole : la gloriole.

Mais la femme, aussi, est du sexe masculin (Magritte tant de fois dans l'aporie iconographique l'a souligné). Le polichinelle, à la charnière, devient une approximation démontable, entre deux boites à tabac ou à joujoux (on ne sait pas laquelle des deux). Toutefois : sachant que chez l'enfant, le désir est toujours grand d'éventrer ses jouets pour voir ce qu'il y a dedans, on choisira la boite à tabac. Pour le passage. Un démontage et un remontage. Mais plus tard. Quand la charnière se refermera, laissant la place - comme chez Chirico – au vide. Abandonnant aussi le verre dans le fruit qui finira par l'infecter de sa pourriture.
Alors entre deux formes il n'y aura plus à choisir. Pas plus qu'entre réalisme et surréalité. La mise à nu, faite et refaite, ce qui se dévoile ne sera plus dérobé, ce qui se dérobe ne sera plus dévoilé. Je ne dis pas que chez Magritte il n'y a qu'une vulve à voir (d'un blanc d'ivoire), mais qu'un con pour voir, un voyeur électrocuté. De leurs tiroirs, les vieilles phrases du peintre belge et bien sûr ses images attirent les nôtres qui viennent s'y additionner. Magritte n'est pas un con tournable, il reste incontournable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.