Artistes de référence

Robert Malaval

Robert Malaval
1937 - 1980

malaval
source : Michel Braudeau


Etoile de Malaval : Suivi de Robert Malaval, Attention à la peinture
de Michel Braudeau

Il existe une confrérie secrète de gens plus ou moins raisonnables à laquelle j'appartiens, qui n'oubliera jamais d'avoir assisté entre 1960 et 1980 au passage d'un météore de la peinture, Robert Malaval. Est-ce si court une carrière de vingt ans? Et Modigliani, Van Gogh, de Staël ? Pour un météore, c'est un exploit inhumain. je n'ai voulu ici que témoigner de mon admiration et de mon affection profonde pour un ami perdu. L'avenir est oublieux, souvent mal instruit de ce qui fut et naturellement égoïste. Il ne faut donc pas manquer de célébrer soi-même les héros que l'on a eu la chance de croiser sur sa route.

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Robert Malaval l’Artiste Rock
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Exposition «Robert Malaval, rétrospective (1937-1980) », Musée des Beaux Arts d’Angers   (13 juin au 25 octobre 200

Malaval est un des très rares artistes à avoir intégré la culture rock dans son approche plastique. La rétrospective d’Angers illustre comment cette musique s'intègre à son travail. A travers plus de cent œuvres à multiples facettes le spectateur peut en comprendre l'infusion. Papiers mâchés, protubérances, bas-reliefs, interventions sur des objets et des meubles, œuvres acryliques créées à l’aide d’un pistolet aérographique,  « Poussières d’étoiles » (qui marquent le début de l’utilisation des paillettes) et les séries « Kamikaze » et « Pastel Vortex » montrent combien la culture rock a nourri son œuvre. Cela est d’autant plus significatif que, par son âge, l’artiste aurait du être plus influencé par le jazz que par la musique populaire (et d’abord vilipendée) qui lui succéda.

Né en 1937 à Nice Robert Malaval  s’est suicidé à Paris en 1980. Autodidacte il découvre la peinture à 16 ans et se prend de passion pour ce mode d’expression. Son oeuvre est faite de ruptures. Elle est guidée par une perpétuelle remise en cause du cloisonnement des arts et des cultures. Malaval s’est d’ailleurs exprimé par la peinture, le dessin, la performance  mais aussi  par l’écriture et la musique même s’il n’a pas laissé son nom au panthéon du rock. 

Tout chez lui demeure instabilité et d’incertitude. Par la confrontation du rock avec l’art  plastique il trouve le décloisonnement des genres le plus abouti. Dès le milieu des années 60, au sein des « Pastels Vortex », cette musique devient majeure dans son approche. Il se met à peindre comme un rocker écrit ses partitions. Parlant de cette époque il écrivait : « J'ai eu envie de faire des toiles qui soient aussi rapides, aussi instantanées que la musique rock. Je me suis mis à peindre comme on fait des chansons, je joue un dessin, je le chante ». Et  il s'est jeté que la scène artitique comme sur celle d'un concert.

Le peintre était sans doute un musicien très moyen mais il « sentait » le rock. Plusieurs des titres de ses tableaux en témoignent : « Bill Haley », « Bo Diddley » , « Gazoline », « Little Queennie », etc..  Ce genre musical resta pour lui une libération. Fuyant la sophistication jazzistique il éprouva la musique binaire (qu’il découvrit dans des bars à matelots américains du côté des rues chaudes de Toulon) de manière viscérale. Le rock et sa pulsion innervent jusqu’à sa mort son imaginaire, lui font multiplier des débauches visuelles et sonores et l’emplissent une bouffée d’oxygène. 

Au début des 70 il projette un livre d’artiste sur le groupe qui le touche le plus « Les Rolling Stones ». Seules quelques sérigraphies furent tirées. Mais fasciné par les paroles de Jagger il aurait voulu trouver les scansions françaises qui traduiraient le mieux ce répertoire et en particulier sa chanson fétiche « Factory Girl ». En 1980, juste avant de mettre fin à ses jours, il crée une performance en peignant en public dans le cadre de  « Attention à la peinture » à la maison de la culture à Créteil. Eliminant le frontière entre atelier et le lieu d’exposition, il transforme les modalités de présentation de la peinture et l’image de l’artiste. C’est là une sorte de testament qui dément le titre de l'album de Jethro Tull "trop jeune pour mourir, trop vieux pour le rock and roll".

Il faudra attendre pratiquement 25 ans après sa fin brutale, pour qu ‘en 2004  le Palais de Tokyo entamant une réflexion sur une exposition autour de la musique se focalise très vite sur Robert Malaval. L’équipe du lieu est scandalisée par l’oubli dans lequel est tombé le dandy mélancolique au jeans serrés et blouson de cuir pilote, le punk d’avant l’heure, le pionnier du glam-rock, l’égaré trop vieux dans un univers trop jeune. Un an plus tard, l’artiste plasticien et musicien, Vincent Epplay, crée pour l’exposition «Robert Malaval, kamikaze» un environnement sonore réalisé à partir d’archives inédites et d’extraits de pièces musicales puisées dans la discographie de l’artiste.  A l’occasion de la « Nuit Malaval » il propose en supplément un « live » qui oscille entre électroacoustique et musique concrète.  Puis,  avec Port Radium, il crée un mix à partir de sons d’environnement et une série de nouvelles qu’avaient lues et enregistrées Robert Malaval.

Le critique d’art Nicolas Bourriaud le définissait ainsi  : « il peint rock ». Malaval a trouvé dans cette musique une nouvelle manière de pratiquer son art  jusqu'à l’idée des paillettes qui lui vient d’un concert. Dans ses peintures à haut voltage tout est question de vitesse, d’énergie, d’électricité. Certes l’artiste n’était pas dupe : il savait combien l’onde de choc initiale de cette musique avait été canalisée. Mais il s’en foutait. Le rock resta pour lui un moyen de rêver un art total liant la peinture au spectacle et à la musique. Il l'a vécue au présent dans la brûlure qui finit par le consumer bien avant l’heure. Se tirant une balle dans la bouche en son atelier parisien, qu’il appelait son « bunker » il laissa derrière lui une prolifération de matières et un foisonnement de couleurs et d’images. Sa fin ressemble à s’y méprendre à la mythologie tragique du rocker. On espère que l’exposition d’Angers fera briller à nouveaux ses paillettes. Elles sont tout sauf de la poudre aux yeux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.