Artistes de référence

Maler


Maler

Née en 1957 à Lodz (Pologne).
Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lodz (Pologne) et Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.

Présente dans de nombreuses collections publiques et privées, Maler expose régulièrement dans les grandes galeries et salons internationaux d'art contemporain.

Maler vit et travaille à Chambéry (France)

Maler : le site


Les symphonies de couleur de Maler : la sensibilité immatérielle

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Ce n’est pas en frappant le monde à coup de pieds que Maler cherche l’élan mais en le zébrant de ses traces et de ses couleurs. L’état vibratoire de sa peinture ne tient jamais à une séparation ou à l’idée de trancher mais à une communion qui permet face au monde de faire régner contemplation et intuition à l’aide des couleurs et des lignes qui cherchent à mettre une harmonie au milieu de l’être comme dans les toiles afin de ramener l’un et les autres au monde en un état naissant. Les paysages abstraits de l’artiste annoncent une immatérialité dans la mesure où l’abstraction devient la figure de l’intercession qui nous appelle à pénétrer dans l’invisible ici-même, ici-bas.

Par une telle métamorphose ce monde en ce qu’il donne à voir devient un jardin des possibilités. Encore faut-il, qu’à l’instar de l’artiste, nous soyons capables de le regarder, de le prendre et de le pénétrer, bref d’entrer en fiançaille avec lui. Cela n’est possible que parce que, ce que le monde que Maler découvre, nous le portons en puissance. Ce n’est pas nous qui regardons un tel monde, c’est lui qui nous contemple.
A nous de comprendre ce que l’artiste nous en montre : à savoir sa tendre indifférence. A nous d’accepter d’entrer en cet accord pour transformer ces fiançailles en un mariage plus long que le temps humain trop humain.

Sans cesse Maler tisse par les zébrures qu’elle lance vers le futur un lien entre une sorte d’ésotérisme presque mystique et une proximité de la sensation la plus nue. Toutefois - et c’est là la spécificité de son oeuvre - l’une et l’autre ne surgissent que sous la forme d’une violence tendre. Dans sa « réduction abstractive » la peinture prend alors une dimension exponentielle, elle devient pore d’éternité : l’être et le monde peuvent ainsi y respirer à l’épreuve du temps et pour le dépasser.

D’où cette sensation à la fois de légèreté et de profondeur. Ce qui pénètre par la vision dépasse le pur spectacle et pousse à la contemplation vitale. Et si l’artiste crée ce type d’états des lieux c’est afin d’en extraire des signes afin de toucher à l'introuvable de l’espace dans ce que le monde possède paradoxalement de plus commun. Maler en élimine la luxure intempestive et d’apparat avec ses outils qui deviennent des serpes de couleurs : aux immenses toiles bleues répondent celles envahies du jaune de la sérénité.

Pour l’artiste chambérienne la couleur comme sa mise en structure demeurent captales: elles s’élèvent contre la simple griserie de la sensation. Car il ne convient pas de succomber en elle même mais de s’y laisser aspirer. La sensation créée par la travail pictural devient affaire de sensibilité ou plutôt de sentiment. Cette approche ouvre à la métamorphose de l’être. Il échappe à son néant en saisissant une dimension qui l’extrait de sa condition humaine. Chaque tableau devient une parcelle d’éternité dans la mesure où les formes et les lignes lui donnent cette dimension secrète.

Maler, afin de réussir ce pari, demeure la peintre la plus réservée qui soit. C’est sans doute pourquoi son œuvre n’a pas encore la juste place qu’elle mérite. L’exigence est en effet l’affaire d’une artiste qui, quoique appelant à une sorte de démesure vitale crée, dans ce que son travail possède de forcément abstrait, un pont entre ce qu’on voit et ce qui demeure enfoui au plus profond mais qu’une sagesse (car il faut bien employer ce mot) permet de faire émerger dans une économie de moyen.

Cette dernière nous confronte au réel en se voulant tout sauf reproductrice. Maler sait trop bien qu’en ne s’intéressant qu’au réel et en tentant de la singer on passe à côté du sujet même de la peinture. Afin d’éviter ce piège, elle invente une poésie picturale aussi minimale que sensible dans laquelle « joue » discrètement son imaginaire. S’écartant à la fois de toutes ostentiones et phantasiae l’artiste réinvente donc la réappropriation de l’être par le monde et du monde par l’être en une dimension qui arrache ce dernier à son temps purement humain.

En se coupant de l’événementiel, du narratif Maler instaure son langage comme le seul événement interrogeable afin que pour reprendre l’expression de Benjamin Péret « le fantôme ne tienne plus lieu d’être ». Sont dissipées soudain bien des équivoques et des ambiguïtés : revenant à lui-même , l’être et l’art sont appelés par la peinture à une Résurrection sans que pour autant la première devienne prière. Maler ne prêche pas car elle à mieux à faire : elle nous ramène à qui nous devenons, à qui nous avons toujours été. Nous l’avons toutefois oublié tant la vie nous malmène et se dissipe dans une fébrilité, une vacuité et parfois une cruauté qui nous font perdre notre pore d’éternité fondé paradoxalement sur notre imperfection même. C’est sur elle peut-être que Maler construit aussi son oeuvre car c’est sur elle aussi que se construit tout art et toute civilisation .

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Docteur en littérature, J.P. Gavard-Perret enseigne la communication à l’Université de Savoie (Chambéry).
Membre du Centre de Recherche Imaginaire et Création, il est spécialiste de l’Image au XXe siècle et de l’œuvre de Samuel Beckett.
J.P Paul Gavard-Perret poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.