Artistes de référence

Marcel Warmenhoven




Marcel WARMENHOVEN
MAN AND HORSE (2004)
300 x 310 x 175 cm


Ours : que reste-t-l des nos ivresses?

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Tissé dans la toile comme une vieille chaussette, l'ours va : il regarde l'homme qui lui même a vu l'ours. Cela une partie du bestiaire (souvenons nous du tigre et du cheval de boix - mais pas celui d'une fête foraine). Sur le rideau du temps, les longs traits de la pluie il y a cet arpent 'Arche de Noé. Mais pour chaque espèce un exemplaire peut faire la paire.

En regardant par la fenêtre, on voit les animaux, leurs os ou leur peau. Chaque fois pas question d'en bousculer la grâce. Face à eux l'homme est ce qu'il est : de peu. C'est cela que Marcel Warmenhoven nous rappelle, incessamment, sous peu. C'est sa manière de faire que nous ayons mal à nos idées car elles seront noires, carbonisées.

Décharnés ou adipeux ses animaux sont de sève. Leurs corps n'est jamais vaincu ou délaissé. La mémoire les traverses et la brume vient les protéger. La neige peut efface le parc où ils se dressent, ils restent. Le jour continue à y verser sa soif. La nuit à s’électriser comme pendue à eux. Et c'est le corps de l'homme qui devient de cire, sa chair se retire et sent en s’éloignant le chien mouillé.

De tels animaux trinquent avec l’horizon, se superposent à l’éphémère, saute les étapes vers l'arrière dans l’indifférence généralisée. A partir d'eux s'annoncent une autre vision des écosystèmes. Marcel Warmenhoven ne se veut pas un artiste militant pourtant son travail en dit beaucoup sur ce qui nous reste de temps si nous voulons sauver la planète.

C'est pourquoi chez lui l'animal l'emporte sur l'humain qui est si "bête". C'est pourquoi aussi de tels statues nous vont comme un gant. Celui de la main droite pourra servir pour la main gauche. Nous savons alors que nous avons traversé le miroir. Que nous en avons fini des enculades de mouches où l'art se prostitue allègrement.

Une sorte d’élégance gratte le verni des apparences. Cela le bon prurit pour ramener la carne hors de ses blindages et en voir enfin dépasser l’âme à fleur de peau. Il n’y a plus seulement des poupées Barbie et des petites voitures Dinky-Toys dans nos têtes. Nous n’aurons ainsi plus oublié de vivre : pour nous l'ours est a croqué. Et lui pense de nous la même chose.

La chair, le sang s’apparentent à l’épaisseur de la matière et de la main qui la façonne. Chaque "sculpture" veut figer le temps que le féminin heurte, On se souvient du temps de sa langue d'ours faisait fleurir le sexe de l'ourse. Celle-ci riait de sa prompte obéissance. Le coeur est là dans un "mouchoir" de peau. L'ours va : tout demeure. Il a toujours une araignée dans sa tête et Warmenhoven lui fait faire encore son cinéma.

Ours Va. On semble entendre son grognement humain et son brame. Il n'y a plus de sainteté qui tienne : qui fait l'ange fait la bête. Mais l'inverse n'est pas vrai. Ecce homo. Ecce humus. Nous sommes nous aussi des fous de bassan. Quand le vent les efface nos arbres sont noirs et les chemins nous quittent.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.