Artistes de référence

Marcella Martin


Marcelina Martin

"Mes racines sont ancrés dans les riches plaines cotières de la Georgie. Mes parents m'ont dit que je pourrais faire tout ce que je voudrais et je les crus. Leur force de caractère et leur fort individualisme m'ont amené à trouver ma propre voie"
Marcelina Martin

Marcelina Martin : le site


Marcelina Martin : le corps lesbien.

par Jean-Paul Gavard-Perret
 


Sur l’échelle de la représentation sociale et artistique il y a un hiatus énorme entre la figuration du corps gay et du corps lesbien. La représentation du premier est très répandue. Et il suffit de connaître quelques clés pour se rappeler que combien cela ne date pas d’hier : des Christ et des martyrs triomphants de la renaissance aux films de gladiateurs il y eut aujourd’hui comme jadis bien des subterfuges pour faire prendre des vessies pour des lanternes et permettre de faire passer la pilule « amère » aux yeux des « bien » pensants. Pour les gays et heureusement, dans le monde occidental, depuis belle lurette les barreaux de l’échelle « morale » se cassent les uns après les autres. Sans doute parce que, peu ou prou, la société a été faite et représentée par des hommes et pour eux. Il n’en va pas de même en ce qui concerne la représentation du corps lesbien. Celui-ci, parce qu’il appartient au registre féminin, a été confisqué ou détourné souvent au profit d’un bénéfice masculin. Par exemple la récupération des amours saphiques par la pornographie hétérosexuelle écrite ou filmée ajoute de la confusion à sa restitution. Et il demeure difficile de faire le tri entre une lesbianitité assumée et revendiquée telle (comme dans l’œuvre de Marcelina Martin) et un objet érotisé dont la seule fonction demeure de répondre à la demande masculine de fantasmes et de voyeurisme. La plupart du temps les lesbiennes qui apparaissent dans le cinéma - pornographique ou pas - le sont sous la caution ou les fourches caudines de réalisateurs mâles afin de répondre à la demande des consommateurs hétérosexuels. Face à cette situation dégradante et qui a la vie dure en dépit de certaines avancées, les lesbiennes ont encore du mal à imposer leur modèle. Marcelina Martin est une de celle qui bouscule le jeu.

Dans ses photographies le corps lesbien n’est plus réduit à ce que Geneviève Pastre nomme un « objet de perte ». Son « Horse Spirit » représente à ce titre un modèle du genre et vient affirmer l’autorité d’une identité susceptible de remettre à l’ordre du jour l’ordre patriarcal. Les clichés de l’artiste américaine ne répondent pas aux mirages et aux miroirs de nos ressemblances. La vision possède soudain un autre visage, le visage et le corps une autre vision. Marcelina Martin lutte afin que non seulement les lesbiennes mais les femmes ne soient plus ce qu’elle nomme l’« hôte inférieur de l’homme ». Son œuvre est une archéologie de l’être féminin en une sorte de reprise, fouille et dépassement sans chercher des raisons cathartiques, morales, psychologiques. Il s’agit d’expérimenter une autre approche pour accéder vers une réalité à découvrir ou construire. Il convient pour elle d’atteindre ce qui pour beaucoup échappe à leur construction mentale et à ce qui spolie les identité. Pour elle le corps lesbien reste encore à inventer. Et toutes ses photographies reprises dans des revues et livres tels que Women See Woman, Our Right To Love, Womanspirit, Dear Sappho, Legacy of Lesbian Love Letters, Rebels, Rubyfruit and Rhinestones, Women Artists of the American West et The Lesbian Sex Book le prouvent.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.