PIERRE BOURGEADE ET MARIE MOREL
par Jean-Paul Gavard-Perret
Pierre BOURGEADE (photographies) et Marie MOREL (peintures)
Exposition Animamours
Galerie Humus,
18 bis Rue des Terreaux,
Lausanne (Suisse)
du 27 septembre au 8 novembre 2008
© Marie Morel

Dans le « vieil » espace de la toile, comme dans celui plus récent de la photographie, Maerie Morel et Pierre Bourgeade plongent (c’est le mot) là où: toutes les joies et les inquiétudes se décomposent et se dissolvent : le sexe de la femme qui parfois jaillit dans un bain végétal de jouvence et qui parfois prend des figures plus métaphoriques. Le lieu (selon Quignard) de « la nuit sexuelle » est scruté afin qu’il devienne le champ aussi argileux que céleste du tableau ou de l’épreuve (plus que cliché) photographique.
Ni Marie Morel, ni Pierre Bourgeade se posent ici en Narcisse mélancoliques mais recueillent des gouffres rendus instables par la maladie de l’idéalité. Entre les parois : l’ouverture. L’ouverture du doute mais aussi ouverture de la nuit. Par l’ankylose du lieu, surgit la capacité de mouvements, un processus nomade des réseaux de fragments architecturaux construits pour être disséminés. Les deux artistes font ainsi l’éloge de lieux qu’ils réinventent comme fiction.
Les photos comme les toiles deviennent une série mouvante de plans. Tel est le paradoxe de cette double « déposition ». Car s’il y a le plan, émerge aussi la matière qui repose ou plutôt fluctue puis fait corps avec lui.. D’où cette dimension rare dans l’art contemporain : la recherche terrestre de l’envol, l’appel d’air mais au sein même de ce que la matière (même s’il ne s’agit parfois que de plumes collées de manière récurrente dans certaines toiles de Marie Morel) possède de plus dense et de plus organique.

© Pierre Bourgeade
Il n’y a donc pas dans cet « entretien » entre les deux artistes une « vitrification » mais une tombée de chaleur par compacité : l’espace du ciel lui-même devenant un volume, le sexe lui-même en devient la grande constellation. Nous assistons à une fixation dans l’ici des lieux visuels que sont les toiles mais aussi un déplacement vers l’ailleurs de l’intime soudain porteur de virtualité. On peut affirmer en ce sens que Marie Morel et Pierre Bourgeade travaillent la matière du désir dans ce qui n’appartient pas au registre de l’imagerie mais d’un traitement athée de l’image pieusement érotique.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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