Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Mariette

Mariette

Né en 1961, Mariette est une artiste plasticienne hors du commun. Art textile, art postal, sculpture...
Son art singulier fascine. Rendez-lui visite en sa maison , un musée étrange et passionnant aux portes de la Chartreuse dans les Alpes françaises.
La Maison de Mariette: le blog - le site


Les poupés de Mariette

...en mal d'enfantement.

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Mirondella,  
galerie d’art en ligne

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L’EVANGILE SELON MARIETTE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’œuvre de Mariette en ses dernières avancées, dans ses couvées d’« œufs » ligaturés mais aussi ouverts, fait éprouver des sensations contradictoires au sein des pulsions qu’elle provoque. Il est possible que l’artiste crée un " malaise " pour certains. Il tient à un langage du très profond de l’être. L’art répond à ce que dit Kafka " un coup de hache sur une mer gelée ". L’univers de Mariette est tout entier contenu dans chaque matrice. Celle-ci  devient le signe d’un féminisme particulier. Une création cryptée à l’envers de tout exhibitionnisme avéré. En émerge du flux mental et l’ affect de l’artiste. C’est pourquoi il est d’une si grande richesse.

Mariette fait partie de la grande épopée de l’art du temps en faisant confiance au mouvement propre et à la dynamique de sa création. Celle-ci côtoie toujours l’abîme de la mort comme le surgissement de la vie. Ce travail représente un immense réseau, un mycélium. Il suffit de voir comment l’énergie circule et comment la créatrice transforme le monde. Elle dépasse le clivage entre des principes masculins et des principes féminins. Chez Mariette ils sont à l’intérieur de la même personne. A savoir d’elle-même. La sensuelle, la cérébrale. On ne peut affirmer qui elle est. Post-moderne, moderne, baroque, classique qu’importe. A nos temps troublés elle répond à toutes les dominations possibles par le propre pouvoir de ses lieux.  Bref notre avenir est dans ses œufs.
Il faut comprendre ses « objets » comme l’appel de la tribu primitive dont le tam-tam fait vibrer la terre d’une densité étrange. Voici l’existence à travers ce qui tient à une nuit de doux chaos. Voici, le défaut de l’être, sa lumière pâle, son fardeau de vieilles guimbardes. En montant dans le labyrinthe de telles structures et de tels ficelages se touche le lieu où s’abreuvent tous les germes de la vie contre la mort qui est donnée. Un cri est arraché aux fibre de ses créations. Elles répondent à une effraction par une autre.

Mariette ligature  des traces et des reliques comme des gris-gris de l’amour maternel  et filial. Caque pièce fait se juxtaposer des mouvements de reflux et de flux. Tout navigue entre un deuil et un désir. Les œuvres restent à ce titre le corrigé du temps plus ou moins revenant. Leur morphine-base visuelle apaise la douleur mais sans l’effacer. Ce sont aussi les hématomes crochus et ovoïdes de l’éternelle errance.

Il existe donc deux façons de voir les évangiles en coques et cocons selon Mariette : celle de la tentation, celle aussi de la peur. Aspiration intime, dépouillement absolu. « Still life » par ce qui chaque fois redevient sensible. Du plus obscur passé au plus insistant avenir. Si on demande ce qu’il en est de l’art de Mariette il faut donc répondre : c’est comme si rien de ce que nous rencontrons en lui est laissé au-dehors de l’attention des sens et du sens.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr



Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.