Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Mark Brusse

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Mark Brusse

Né en 1937 à Alkmaar aux Pays-Bas
Vit et travaille à Paris.


La jeune femme qui descend l'escalier

de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

» Bon de commande ( prix : 10,00 €)
» Editions du Cygne

Mark Brusse le voyageur ailé

par Jean-Paul Gavard-Perret


Mark Brusse - Bonjour Monsieur Gauguin - III,
2003 - 64 x 94 cm
Tempera, pastel gras et collage sur papier Hanji
Exposition 2007 à la Galerie IUFM Conf luenc e(s)


Mark Brusse fut influencé dans les années soixante, à Paris et New-York, par Pierre Restany et le groupe "Fluxus", développa à l'époque un style qui mêle l’art primitif et - comme les aventuriers du Pop Art new-yorkais de l’époque - la bande dessinée. Au contact des arts orientaux, il y ajoutera une note extrême-orientale à une oeuvre déjà très métissée Et a des figures simiesques ou batraciennes, il mêlera quelques années plus tard des éléments organiques, langues, crânes ou coeurs à ses peintures à l’huile ou sculptures en bronze, pierre ou bois.

L'artiste est devenu célèbre grâce à ses série des "Clôtures, Soft Machines et Strange Fruits", assemblages d’objets en bois de récupération et divers métaux trouvés dans la rue, qui racontent l’histoire d’éléments de hasard et rassemblés selon sa fantaisie. En 1965 il part pour 2 ans à New York où, influencé par l’esprit minimaliste , son travail prend une nouvelle dimension. L’épuration des formes et des couleurs sont nécessaires à l’évolution de son langage comme dans les séries "Natural Wood et Floor Pieces". Il renoue alors avec Fluxus toujours séduit par le caractère événementiel et éphémère de l’œuvre. Il participe à plusieurs happenings et collabore avec John Cage. Il prend goût pour l’«Environnement» et développe des installations adaptées à l’espace donné, (comme par exemple les volumes en bois qui remplissent entièrement l’intérieur des salles, bloquant ainsi l’accès au Kunsthalle de Berne en 1968).

Après un séjour à Berlin au début des années 70, Mark Brusse rentre à Paris et s’installe à La Ruche. Il crée des assemblages, petits ou grands, certains sur socle, d’autres suspendus, constitués de matériaux

les plus divers : filament, nœud, corde qui servent de fil conducteur, on pourrait presque parler de cordon ombilical.

Il n'a eu cesse ensuite de parcourir le monde et ses sculptures réalisées sont empreintes de ces dérives géographiques. En bois brut badigeonné de blanc pur, souvent de grand format, elles composent une réflexion sur le monde, la vie, le temps qui s’écoule, le bruissement du vol du papillon qu’il fige à jamais ou encore la plume blanche dont il accapare la légèreté dans la transparence du verre (The Shape of Silence, 2003).

Bien que le collage joue un rôle important dans son œuvre depuis plusieurs années, c’est seulement au cours d’un séjour au Japon en 1983, qu’il le développe vraiment. Suivant le principe de récupération qu’il a adopté dès son arrivée à Paris, Mark Brusse recherche les éléments de ses collages dans la rue. ses compositions sont sobres et portent la marque de la tradition zen. Par ce biais l'art redevient pour lui un acte rupestre qui réveille l'imagination, exhibe un impensable où viennent s'inscrire des aveux douloureux d’où germe un univers à la fois naïf et très élaboré. L'humanité s'y concentre à travers des ombres et des éléments de lumière. L'artiste semble nous rappeler que vivre c'est s'engager dans un processus non de perdition mais de dépense.

Aventurier de la solitude, Brusse en entend et en comprend les appels, leur donne formes. Le principe de sa profondeur est donc bien celui de sa solitude et des étaux dans lesquels elle est contenue mais en communion avec le monde. Surgissent de ses diverses approches une pensée dense, exponentielle et une méditation sur des problèmes qu'un examen minutieux de la vie ne saurait résoudre. La place est faite à une réelle confrontation communicante. Ce n'est plus du semblable, du narcissique qui apparaît en ces « pas au delà ». Plus de protection, plus de continuité mais une ouverture, un souffle. En cela l'artiste n'a cesse de proclamer : j’existe, je suis dans le silence, l’abandon, le lâcher prise qui seul donne à l’autre son existence, j’assume une traversée incertaine dont l’avenir comme l’origine est une interrogation mais que seul le franchissement permet la possibilité.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.