Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

MARTINE MARTINE

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MARTINE MARTINE

Martine Martine

MARTINE MARTINE : le site



MARTINE MARTINE : oser la force

par Jean-Paul Gavard-Perret

martine MARTINE
Martine Martine
Grandes mains sur fond bleu (2001)


Troyenne d’origine Martine Martine est née à Troyes. Elle vit principalement à Paris où elle a un grand atelier. Après des études de peinture elle participe, en 1956, à une exposition de groupe à la galerie Romanet: "100 tableaux de fleurs de Van Gogh à Bernard Buffet". Mais pendant 17 ans elle n’expose plus tout en continuant à travailler. C’est seulement en 1971 qu’elle présente ses œuvres à la galerie Katia Granoff. Dès lors ses expositions se multiplie à Paris, New-York, Jérusalem, Genève entre autres. Son oeuvre est présente dans de nombreux musées français et étrangers. Et depuis 1995 le musée des beaux-arts de Béziers lui consacre une salle pour présenter l’importante donation qu’elle a fait au musée. Peintre et sculpteur mais aussi dessinatrice (lavis entre autres) et créatrice de bijoux, Martine Martine, dont l’inspiration originelle est proche de l’école de Paris a développé plusieurs thématiques : natures mortes, mains, portraits et autoportraits, chevaux en constituent les plus importants.

Peu à peu l’œuvre s’est totalement libérée de tout carcan si ce n’est ceux de l’art lui-même qu’elle ne rejette pas mais pousse plus à fond. Martine Martine (sous le relatif anonymat de son nom) ose tout. Les formes et les couleurs éclatent pour défaire et refaire le monde comme les nuages le font dans le ciel. Des formes cachées et qui échappent se découvrent et tourmentent de leur souffle aussi bien dans sa peinture que dans sa sculpture.

L’artiste est avide dans les deux cas de grands formats : ils se prêtent par excellence au caractère altier et tout en force de son langage. Il semble parfois que dans son travail, un bulldozer est d’abord passé jusqu’au sable pour fonder à neuf un univers et pour que la vie revienne plus profonde et mouvementée sous l’aspect de vagues sans d’autre obstacle que le langage plastique lui-même avec laquelle l’artiste ne cesse de se battre afin de le faire avancer.

Aux antipodes des recherches souvent bien faciles et vaines de déconstruction et de déceptivité à la mode , l’artiste revendique un art tourné vers les cimes comme vers la vie la plus profonde. Dans le langage « classique » elle cherche à montrer l’indéchiffré et lutte contre l’effacement. Rien ne saurait advenir dans sa peinture que la puissance qui échappe de la toile et de la matière. Loin de tous les rabats-jours, elle se veut toujours celle qui ouvre et qui déploie des forces telluriques en reprenant les plus hautes équations que l’histoire de l’art et son expérience lui a enseigné. Rien de décoratif (même dans ses bijoux) mais ce qui reforge le monde pour une autre relecture face aux regards qui ne voient que trop mal et loin de cette gloire dont on affuble certains peintres qui ne font que répéter des coups Duchamp semaines après semaines désormais depuis près de cent ans..

Tournant le dos à la mode, Martine Martine se bat avec la toile et la matière. Des ombres elle fait surgir une vie animale ou humaine mais en lui accordant un supplément de magnétisme et de puissance qu’on osera qualifier de « virile ». Son œuvre demeure enfiévrée et grosse de beaucoup d’idées qui trouvent chez elle un accomplissement plastique et une présence rare dans un présent vieilli criblé de figurants. Il faut donc retenir de l’oeuvre sa bourrasque, sa force montante avec parfois des sortes d’éboulis jusqu’au ciel. L’artiste sauve en conséquence l’art dit classique du mépris qu’on lui accorde aujourd’hui car elle le creuse dans sa chair comme une machine échappée et elle laisse derrière elle des figures qui tourneboulent le monde par la pression de leur « marche » sur un souffle particulier : celui d’un présent qui ouvre sur l’inconnu dans une sorte de vue non seconde mais première. Bref l’artiste apprend à regarder à travers ses échappées qui ne sont pas des fuites mais des recentrages de l’art et du monde sur eux-mêmes.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.