L’EROTISME SELON CATHERINE MASCRES : L'EXCEPTION A LA REGLE
par Jean-Paul Gavard-Perret
Les dérives de l'imaginaire de Catherine Mascres vont à la recherche de la singularité du féminin. Le corps de la femme est exhibé dans une forme de naturalisme. Il est présenté afin que le désir féminin soit parfois figuré de manière aussi discrète que précise (comme la figuration clitoridienne d’une de ses toiles). Toutefois et contrairement à tous les peintres hommes qui créent pour modéliser ce corps "étranger" et qu’ils fantasment à leur convenance Catherine Mascres donne à la géographie féminine une autre dimension. Elle va à l’essentiel sans chercher à faire dans le précieux. Un ventre peut se contenter d’un marouflage de rose car l’essentiel n’est pas dans le reflet. Il reste dans le chahut de sa matrice et de celle de la toile.
Le spectateur découvre une série de lieux appareillés de divers éléments aussi ironiques que signifiants. La touffe de lichens qui - par exemple - recrée par adjonction la toison pubienne n’est plus là pour enflammer du fantasme. Ce « reste », cet ajout suggèrent l’essentiel. Ils cachent « l’origine du monde » mais tentent de donner du sens sous un ciel moussu. L’artiste ne suggère-t-elle pas que l’on vit à la recherche d'un paradis à jamais perdu puisque caché ? Non que placenta et lait maternel aient tourné au vinaigre, mais le mâle ne peut considérer ce que lui manque que sous forme d'un jardin enfoui, perdu.
Catherine Mascres le montre dans un cérémonial que jouxte à la fois l’épiphanie et l’apocalypse. Et en une époque où un érotisme sophistiqué (faussement) tient le haut du pavé, l'artiste rappelle que la nudité féminine peut caresser (si l’on peut dire) d'autres ambitions. Elle parvient à expulser les viatiques psycholo-gisants qui servent habituellement de matricules aux peintres à testicules. La créatrice saisit combien l'homme n’oublie rien et combien il demeure chez tout être l’enfant enivré de l’odeur d’une maîtresse d’école et du mystère de ses dessous.
Mais de telles oeuvres ne jouent pas avec ces divagations. Elles ne gardent qu’une sorte de quintessence brute du corps. Les peintures de Catherine Mascres président non au recouvrement mais à une re-naissance même si des vieilles ombres traînent. En surgissent de manière abrupte les escapades discordantes par lesquelles la créatrice refuse de céder le pas au convenu du tout venant. Sa peinture peut alors souder l’invisible au visible. Une flamme et une femme surgissent contre le chaos de leurs lieux. Du moins celui que le regard des mâles imagine et afin que ce ne soit pas seulement leur mémoire qui germe dans le drap (la toile) où la flamme-femme peut parfois s’assoupir.
Le jeu des métamorphoses matérielles déplacent le registre de la peinture dans le réel et vice versa. Se crée l’expérience d’un paysage à la fois désert mais sous surveillance vitale. Face à toutes les représentations où règnent un érotisme frelaté qui persécute à trop vouloir enchanter Catherine Mascres "gribouille" ses corps. Elle en fait jaillir un grouillement sidéral qu'elle "habille" de forces poétiques. Celles-ci deviennent un appel à l’amour de la vie dans son épaisseur au sein de la légèreté que l'artiste s'amuse à afficher afin de se moquer de nos émotions trop superficielles.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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