Artistes de référence

Véronique Massenet

Véronique Massenet

véronique massenet

Née à Paris en 1945. Ecole Camondo, de Paris. Premier atelier de sculpture en Italie.
Vit et travaille actuellement en Italie .

Véronique Massenet : le site


 

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VERONIQUE MASSENET :
BOIS, BRONZES, DIGIGRAPHIES OU LES PSAUTIERS LAÏQUES
par Jean-Paul Gavard-Perret



véronique massenet

A l’origine il y a le tronc d'arbre comme élément majeur et lien entre la terre et le ciel. Il ne s’agit pas pour autant de le réduire à un simple totem. Véronique Massenet l’ouvre  pour son traité des formes. A la recherche d’une perfection complexe elle propose un travail exemplaire qui lie les techniques les plus originaires (le burinage du bois) aux plus récentes (les digigraphies). Ces activités (auxquelles il faut ajouter le bronze) n’ont rien de parallèles. Elles sont les temps d’une même recherche triphasée.

En ces trois temps la plus italienne des artistes françaises tente d’offrir par la matière une vision qui éloigne des apparences. Elle fait sourdre du cœur de fibres du bois des rafales de formes en épure et essentialisation. Brancusi n’est pas loin tant par la structure des œuvres que par la conception de l’art. Entre autre lorsque Véronique Massenet lance son injonction « essayez de considérer les éléments qui composent les sculptures comme des êtres vivants. Ils ont perdu toute apparence humaine mais ils en ont gardé gestes et comportements; ils sont aussi toujours motivés et liés par la recherche commune d'une nouvelle harmonie et  se différencient souvent en masculin et féminin.

Cela est juste mais n’épuise pas la recherche. L'artiste ne cesse de faire des liens entre, justement, le masculin et le féminin. Par un travail de rapprochement subtil elle offre un assemblage qui ne va pas toutefois jusqu’à la fusion. Celle-ci n’est, l’artiste le sait, qu’une idée de pure convention ou au mieux une commodité de la conversation mystique.

Considérons ses sculptures comme des « êtres vivants » mais comprenons combien celles-là. leur donnent une idéalisation et touche à leur quintessence. Cette dernière n’a rien de statique. Par exemple dans un bronze ( « Ondes ») les éléments qui le composent jouent de différentes manières. Les sculptures de bois peuvent elles aussi bouger autant par leur placement que par la lumière. Quant aux digigraphies elles deviennent le moyen de multiplier les approches des sculptures et leur nouvel espace « vital ».

Mais chez Véronique Massenet l'art semble (le semble est important) ne pas tout dire. Les bronzes qui,  pour beaucoup d’artistes représentent l’acmé de la quête artistique, n’en sont que des moments. Ils sont souvent tirés des études préliminaires de terre cuite en vue de la réalisation finale. De petites dimensions ces états intermédiaires permettent une manipulation aisée et affinent ce que la créatrice nomme « la façon d'être des éléments qui permettra une transformation de leurs liens ».

Ne considérant pas la vie comme un état mais comme un processus (d’où sans doute le recours au bois qui porte en lui les stigmates du temps) l’artiste cherche avant tout le « jeu » plus que l’objet composé par ses éléments. Toutefois elle a beau affirmer « dans mes sculptures, l'aspect formel des éléments compte moins que ce qui se passe entre eux », on ne peut limiter l’œuvre à son parcours de création.

Qu’elle le veuille ou non l’artiste atteint la perfection de l’accomplissement. Brancusi ou Moore ne sont jamais loin. Mais Véronique Massenet provoque un passage que le statisme des deux artistes cités ne permet pas toujours. Chez elle le choix même du bois (plus que du bronze) rappelle comment la compacité d’origine se métamorphose en états de tensions. En ce sens la créatrice peut parler des oppositions masculins féminins. Néanmoins la façon dont elle les met en scène et le choix des formes plus mixtes qu’ouvertement féminine ou masculine provoquent une approche subtile. Du cylindre végétal de bois « trop simple et régulier pour suggérer quoique ce soit » , trop phallique  par sa taille et trop féminin par sa rondeur de coupe,  s’organise une autre conception du monde.

Laissant peu d’espace aux divers éléments qui composent chaque « pièce », l’artiste ne fait qu’accentuer la pression d’un processus vital. Il est constitué non seulement d’harmonie mais de luttes. Toutefois Véronique Massenet les régule. S’imposent peu à peu le désir et l’approche des communions inavouables faites non de ressemblances mais de différences. L’artiste rapproche les astres contre le désastre : Vénus et Mars peuvent se rejoindre par effet de Terre. Néanmoins il faut que l’air circule au sein des concubinages notoires.

Créer revient à mettre de l'ordre mais aussi se laisser emporter en une sensation de vertige de une pure émergence. De la matière surgit une sensation océanique. Et au sein de chaque ensemble il n’existe jamais de triomphe d’un élément sur l’autre. Loin des glas, des glacis, des glues et des résines Véronique Massenet plus que des césures crée des nécessaires hiatus. Ils sont porteurs d’une extase nue.
L’artiste affirme une esthétique qui échappe tant à la nostalgie qu’à l’exotisme de façade. Surgit une manière de renouer l’être avec lui-même et son double. En sa dynamique ce travail  met à jour une structuration sourde et offre une cohérence à ce qui jusque là ne semblait que matière de perte d’un monde qu'imaginé. Celui-ci guide, conduit, induit l’artiste. Son modelage formel finit par avoir raison du passé et trouve sa plénitude vers un futur rêvé. La perfection des œuvres de l’artiste en donne une dimension  qu'on peut nommer sublime.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.