Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

MattB

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LA POESIE VERTICALE DE MattB

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Chaque toile de MattB est une cascade inversée pour la création d’une identité suprême de la réalité à travers ce qu’on peur appeler une peinture de science-fiction. Une barbarie sophistiquée y démembre le rêve pour mieux le remonter. Quelque chose communique avec tout dans une évanescence paradoxalement épaisse. Une même veine réunit ainsi le réel et l’onirique. Les cycles traditionnels de la S-F font un écart et leurs  vieux évangiles ne se ferment plus en cercle. Toute une genèse est emportée dans la turbulence. MattB d’une certaine manière rompt certaines visions légendaires - entendons enfantines – pour les remonter autrement loin des théories qui ne disent rien qui vaille. La mouche d'Or tel un corps durable creuse son nid dans l'interstice d'une gémellité. La hiérarchie des sexes n'est plus fonction de la peur. Elle ne collectionne, ne capitalise plus les exploits, elle ne détruit plus tout ce qu'elle touche. Ce n’est donc pas l'absence de désir qui dans cette peinture engraisse nos terreurs. Le plaisir engendre de nouvelles foudres. MattB franchit une fracture, recoud une fêlure. Un programme se dessine. Et l’œuvre appartient à un schéma  par lequel se cherche un passage dans la mémoire d’un genre.

Avec lucidité, précision et non sans grandeur l’artiste crée sa poésie verticale. Toute sa peinture va au bord du sens et vers le haut.  En un envoûtant jeu de répétitions et de variations elle se fait légère en ayant l’ambition d'élever des sortes de tours (au besoin humaines) au bord de l'abîme pour subvertir à la fois le réel et le genre de la S-F. Dès lors, si l'ombre a toujours le dernier mot, l’œuvre porte sa lumière sur celle-là à travers le jeu du noir. Il faut imaginer l'artiste tel un Sysiphe heureux dans la propension épiphanique de son œuvre. Sa verticalité circonvient le néant et donne d'autres formes au chaos afin que la maison de l'être puisse connaître une sorte de dépassement existentiel à celui qui l'habite non comme un fantôme mais comme un être  curieux de l'envers des choses et soucieux de comprendre comment leur apparence est fabriquée de mains de maître ou de voleur de feu.

La peinture s’ouvre du côté d’une pensée qui nous échappe encore . Elle émerge parce que la technique du jeune artiste vient dissoudre la pesanteur des images sans pour autant les transformer en une légèreté d’ange. L’être s’il est ici atteint de grâce perdure en sa puissance guerrière. Et il reste question avant tout de créer par la peinture une dissolution des effets de réel afin de plonger à la racine des images et des signes là où tout se joue.  L'oeuvre crée et creuse présente un « envers » dans un agencement quasiment orchestral subtil. Elle entrouvre des portes, montrent un chemin. A chaque regardeur dans la confrontation communicante avec elle de finir le parcours. Le travail pictural de MattB permet donc d’ouvrir à la pensée (sans pour autant qu'il en devienne le vassal puisque c’est la peinture elle-même qui devient pensée). Sans s’abstraire du réel même s’il est déporté, mythifié des incendies dévastent. Le flou entre réel et onirique, science-fiction et réalisme entretenu par MattB est là pour mieux confondre les apparences.  En conséquence, l’oeuvre plus encore que celle de l’imagination et de la quête d’un impossible reste celle d’un réel profond (l’envers des décors) et du temps. Certes l'artiste ne possède pas la clé de l’énigme ni la formule magique pour créer la jointure entre ces deux centres mais il nous indique où cela se situe. Reste pour MattB à pousser encore plus loin sa quête, sa conquête. Une telle approche  si elle dément l’espoir enseigne l’espérance. Les racines  d’un futur sont bien plantées entre des figures totémiques de proue.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.