Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Meïer

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MARIE MEIER - PORTRAIT DE L’ARTISTE EN ROCK AND ROLL PIN-UP

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

marie meierProche du tag et de l’esthétique gothique, le graphisme Marie Meïer dépote. Et si au début de sa carrière l’artiste a du faire des concessions pour certains clients, elle a de plus en plus les coudées franches pour déployer son iconographie goth’n’rock dans laquelle elle se représente souvent en briseuse de cœur, dominatrice et armée d’un perpétuel sourire sardonique. Marie Meier a de tout temps fraternisé avec l’imagerie rock qui demeure en France anecdotique alors qu’aux Etats Unis elle appartient totalement au paysage musical.  L’artiste reconnaît d’ailleurs  l’influence du tatouage, du custom des voitures et toute la culture  psychobilly et rockabilly dans ce renouveau du genre. Il  reprend racine aussi par le retour au bon vieux rock des années 50 et  celui des pin up au sein des shows dit « burlesques »  où Dita Von Teese  réanime le style tout en émoustillant les chroniques people…

Marie Meier aime rappeler  qu’elle se serait bien vue en tenancière d’une maison close à la Bunny Ranch  ou en pasteur … Cette grande jeune femme de 1m 82…( si bien qu’on la prend parfois pour un travesti )  est née en 1974 à Saverne. Elle est devenue l’illustratrice rock française majeure. Son travail est reconnu à l’étranger et pas seulement dans l’univers des fanzines. Après des études en arts plastiques à l'Université  de Strasbourg, la création est devenue pour elle une catharsis. Elle lui permet de dépasser ses limites et sa maladie. Ayant débuté dans le cadre de l'Atelier de Peter Greenaway (ce qui n’est pas rien), très attirée par l'art brut,  suite à une dégradation de sa santé la plasticienne s’est reconvertie avec succès dans l'illustration. Elle y critique au moyen de ses créations humoristiques de monstres néo-gothiques l'actualité musicale ou sa propre vie.

Sa vie se résume à trois termes : « travail, promo, expo ». C’est en effet une bûcheuse infatigable. Elle élabore ses illustrations sur papier au Pentel, puis passe sur son  Mac OSX sous photoshop et  travaille les couleurs.  Un seul objectif la retient  :  « que ça soit simple et que ça claque » d’autant que ses images sont le plus souvent surchargées à la limite d’un kitsch volontairement surjoué et déviant. Fan de Miro l'artiste est aussi fascinée Frida Kahlo. Elle a découvert chez la Mexicaine une technique narrative remarquable. Mais elle place aussi dans son panthéon le photographe Peter Witkin ainsi que David LaChapelle, Pierre et Gilles, David Nebreda, Floria Sigismondi, Joe Sailor Jerry, ainsi que tous les tatoueurs de la vieille école. Elle trouve aussi son inspiration dans les arts médiévaux, mexicains, naïfs, et bruts. Dans un autre genre elle voue une reconnaissance à Philippe Manœuvre : via « Rock’n'Folk » il lui a permis d’accéder à une large  reconnaissance. Et on la retrouve désormais dans le monde entier. Elle a participé récemment au “World Of Imagination” de l’ A.P.W. Gallery de New-York, au “Doomed World” de  la Marsh House gallery à Charleston USA ou plus près de chez nous à « Visual Content », exposition itinérante à Marseille, Aix-en-Provence, Nantes.

L'imagerie rock reste le centre de son travail. Elle la décline entre art médiéval, romantisme, surréalisme et collabore régulièrement avec des magazines et avec des groupes de rock français et étrangers. Elle a aussi créé des fresques dans des services hospitaliers pédiatriques ainsi que pour le premier congrès international contre la peine de mort. Si sa première émotion  artistique reste une sculpture de Miro, et si ses goûts et sa pratique ont évolué Marie Meier garde une fascination pour le peintre. Comme lui elle  n’a pas besoin de se masturber le cerveau pour créer. Elle invente rapidement, dans une effusion graphique nourrie par de nombreuses lectures et des repérages visuels tout azimut. L’artiste aime sa liberté. Son travail désormais le lui procure même si dit-elle « je ne serai jamais riche comme Bill Gates. De toute façon je préfère Steve Jobs ».  Désormais  artiste underground de premier plan, Marie Meïer insère des connotations socio-politiques en ses compositions comiques et délirantes. Elle entretient des relations avec le rock comme avec le cinéma et accorde une grande importance à la forme. Derrière son imagerie pernicieuse (puisque  la femme y mène le monde…)  elle met en résonance un imaginaire volontairement caricatural face au monde quelle dénonce sans avoir l’air d’y toucher.

Marie Meier nous renvoie à une sorte de premier temps de la métaphore.  Elle fait du spectateur une sorte de "névrosé". Mais tandis que cette maladie mentale - selon sa définition classique - implique que le névrosé n’aborde la jouissance qu’en voyeur, ici l’objectif déclaré est de signaler aux névrosés que nous sommes l’inconsistance du monde. Quoi de mieux que l’univers rock comme caisse de résonance pour ce jeu de contrebande ? L'artiste travaille à y assembler des images de telle sorte que leur configuration se soustrait à la signifiance habituelle. Là où les images se collent naturellement entre elles, Marie Meier crée des espaces de choc afin de montrer un manque de la jouissance. On peut donc parler d'un imaginaire de lumière noire aussi gothique que rock capable de construire de nouvelles conjonctions que le spectateur, névrosé d'un nouveau genre, peut reconstruire à son profit. Et l'on peut  jouir tant que faire se peut et non seulement en se délectant, morose, des poitrines maternantes des clones de l’artiste.  Celle-ci nous apprend à voir plus loin que le bout de ses seins.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.