CATHERINE MELIN : CARTOGRAPHIE DE L'URBAIN OU LE MANUEL DE FELIX-CITÉ
par Jean-Paul Gavard-Perret
Vues de l'exposition Point d'appui, Vidéochroniques, Marseille
Dessins muraux, dessins sur papier, structures modulaires colorées, vidéos, projections
De Buenos Aires à Barcelone, de l' Écosse au Canada comme dans des lieux plus proches Catherine Melin capte les rugissements de la vie urbaine qu'elle ausculte jusque dans ses plis par films et photographies. C'est là le travail préparatoire d'une reprise ultérieure de sélection et de reconstruction. De ses compilations l'artiste retient un pont, une palissade, des marques au sol ou encore le dessin que tracent les tremplins de skate. Tout cela s'associe lors de ses installation sous forme de dessins muraux, des projections de vidéos en un jeu de construction, de dérives et de basculements d’échelle, d’impossibles perspectives et d’apesanteurs vertigineuses. Surgit plus que l'idée de l'idée de départ une "espèce d'espace" (Michaux) décentré, fragmentaire, dispersé. A une vision nostalgique et mélancolique du paysage (un des grands classiques de l'art) l'artiste répond (privilège de sa jeunesse ?) par l’impulsion et le mouvement même si ses "paysages" ne sont pas forcément ceux d'un immense Luna-Park ou un Coney Island tant s'en faut. Mais par le geste et par les constructions Catherine Melin fait acte de résistance. Elle sait que la ville n'est jamais débarrassée de ses ombres et qu'une artiste doit les fréquenter pour tenter de les expulser par la force du dessin et de l'installation lorsqu'ils sont des langues et non un simple style ou support.
Par des lignes entassées les unes sur les autres et qui tirent par les pieds les hommes et les femmes trébuchant au bord du quotidien Catherine Melin sait rêver l'urbain.. Pour autant son approche n'est pas une abstraction de la réalité mais au contraire sa confrontation. Déchirée entre la tradition qui l'a formée et le monde qui s'ouvre à elle à chacun de ses voyages elle cherche à ouvrir autant l'art que l'urbain à l'altérité. Elle reste habitée par une idée forte et brûlante de la liberté. Et qui sait si ses traits qui projettent dans diverses tonalités la grêle et le feu changeront les fleuves en absinthe…
Sans cet espoir fou il n'existe pas d'art qui vaille la peine. En sa quête obstinée et par ses choix, l’artriste rappelle quelque chose d’important, d’essentiel : ce n’est pas derrière nous qu’il convient de regarder. Il convient de défoncer les vantaux mystérieux de l’Impossible. Certains l’accuseront de cérébralisme tourmenté et décadent. Mais on répondra simplement qu’elle reste au contraire la primitive d’une sensibilité centuplée, et que l'art qu’elle défend est ivre de spontanéité, de puissance, de violence mais sans la moindre obscénité factice et facile. Rien n'est de l'ordre du "scoop" dans ce travail. Catherine Melin n’est pas sensible à la fausse ivresse de la “ trouvaille ”. Elle préfère les approches qui opèrent une réflexion de fond. A sa manière elle veut faire lever les instincts mais pour équilibrer leurs déterminisme. Ainsi voir ses installations revient à prendre de l’altitude à travers une attitude définie par Gérard Genette dans “ Bardadrac ” : “ Rosanette, à Fontainebleau, qu’elle visite pour la première fois, dit : “ Ça rappelle des souvenirs ! ”, évidemment sans savoir lesquels, et Louise, contemplant un déversoir sur la Seine à Nogent, hasarde : “ C’est comme le Niagara ! ”, où elle n’est jamais allée ”. Voilà les sensations que procurent les œuvres de l'artiste. Lourdes ou plutôt légères de l’intuition et du sentiment elles déclarent inexorablement guerre à aux doctrines qui répètent, prolongent ou exaltent le passé au détriment du futur.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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