Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

André Mertz

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ANDRE MERTZ : VENU(E)S

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

André Mertz sait qu’il n'y existe pas d'avènement au langage photographique sans un certain sens du rite. C’est pourquoi ses nues se donnent comme bien autre chose que des restes ou des clichés sous leur pluie de lumière noire. L’artiste crée par leur « prise » une «peaurnographie ». A savoir l’inverse de la pornographie. Comme Valéry, il a compris que « le plus profond chez l'homme (et chez la femme), c'est la peau". Reste toutefois à la dévoiler de manière cérémonielle afin que le «  moi-peau » cher à Didier Anzieu deviennent une matière image sans qu’elle se limite à un simple reflet.

L’artiste a éliminé de son travail tout aspect scabreux. Par les poses élaborées auxquelles il soumet ses modèles il sort le regard porté sur le corps féminin de toute considération purement voyeuriste.En de telles ruptures d’angles nous sommes en territoire, conquis et non pas en territoire conquis.  Mertz n’esquive en rien l’égarement, la retrouvaille inattendue. Il veut faire accepter  l’adage de De Gourmoy au XVIème siècle :
"L'homme est l'ombre d'un songe
et son oeuvre est son ombre".
Une ombre que l’artiste manipule afin que cette ombre soit la plus « touchante » possible. Le regardeur se laisse saisir comme les modèles le furent sous un autre registre. D’ailleurs que pourrait-il faire d’autres ?  Il n’y a donc pas que les femmes à s’agenouiller… Le regardeur devient la victime consentante de la nécessaire « traîtrise » de l’artiste. Celui-ci fait entrer dans l'incapacité de raisonner.

Il y a là une raison majeure. La photographie ouvre chez Mertz par les zébrures et la couleur à une nudité particulière. Celle qui provoque une absence de pensée (même les pensées vicaires) par sa matière plastique. Elle pose de manière détournée la question essentielle au voyeur :  "est-ce que vous savez, vous, ce que c'est que l'Amour? ».  En attente de réponse chaque femme - sous son manteau de lumière et par leurs volutes qui tordent le sang - accorde la lointaine affection qui arrache à la routine chrétienne (ou autres). Surgit le corps après l'abîme, après la sainteté. Le corps Apocalypse mais aussi aérien. Par lui, il s'agit d'harceler l'origine en des prises où la joie n'est jamais uniquement joie et la douleur, douleur. Le tout entre préparation et achèvement comme s’il n’y avait de présence qu’en une reptation lente qui mène à la cérémonie la plus secrète entre l’artiste et son modèle. Là où pourtant le regardeur est sans y être (invité). Et c’est bien là le mystère.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.