Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Mikhaïl Bogatyrev

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Mikhaïl Bogatyrev

Mikhail Bogatyrev est né en 1924 à Neskuchay , un village de la région de Kalinin. Il est mort en1999.


La jeune femme qui descend l'escalier

de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

» Bon de commande ( prix : 10,00 €)
» Editions du Cygne

Mikhaïl Bogatyrev : paysage du tout.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Mikhail Bogatyrev : le néo impressionnisme du  paysage russe,  le visage humain du temps de l'Union Soviétique
Galerie Frémeaux et Associés, Vincennes (France)
du 14 mars au 30 mai 2009.

bogatyrev
disponible à la Galerie Frémeaux et Associés

Contrairement à ses portraits, le paysage chez Bogatyrev  (1924 - 1999)  est tout sauf anonyme. Quelque chose de plus substantiel que le temps lui est dû et il devient le partage du tout. Pour le peintre "soviétique" il faut accepter de ne plus distinguer la liberté du destin et des paysages. A cause de ses racines dans la terre et de l'énigme de ses évolutions, le paysage dans sa monstration impressionniste réinvente grâce au peintre les marges d'opacité où peu à peu la transparence est instruite. Les liens qui unissent la nature à l’être y demeurent plus solides que tous les déchirements que la celle-là subit. Pour un tel peintre le paysage possède donc un goût d'une vérité unique et le flux du temps qui passe lui donne toujours un jour nouveau.

 

 

 Bogatyrev saisit la sève et le sang des crêtes et des dépressions.  Sa peinture ne pense pas la fixité de manière banale mais blesse le ciel de la tendresse de ses couches de couleurs en retenant ce qui dans le paysage est à la fois nudité et structure. Le peinture redevient discours et méditation, récit et chant autour d'un lieu. Quoi de plus stable en effet que son déploiement ?  L'artiste y découvre une totalité parallèle du langage pictural et du monde. Les deux provoquent une jouissance dans une vision sinon religieuse  du moins animiste qui rapproche de la continuité.

Le peintre invente une forme laconique du lyrisme : s'y développent autant de repliements et déploiements et Bogatyrev devient le contemplateur d'une éternité infirme. Par son néo impressionnisme il sait offrir par exemple l'idée indiscernablement fugitive du feuilletage du temps qui rassemble le tout. Par ce choix thématique il se voue à la recherche d'une sagesse. Dans la richesse des couleurs et de leurs digressions chromatiques chaque toile progresse à travers les rythmes de leur essence tellurique mais recouverte d'un manteau de verdure.

Pas besoin d'y insérer l'humain : le paysage à lui seul inscrit notre grandeur et notre misère. S'y perdre est un plaisir mais aussi une proposition à la réflexion. Pour Bogatyrev créer revient donc toujours à regarder la nature afin d'en cerner les détails. Comparable à une déesse, la nature est pleine de détails. C'est pour l'artiste la seule métaphore ouverte qui invente le balancement et la gravitation. Fidèle au fondement du paysage il n'en déroge jamais. C'est pourquoi ses visions de la nature sont beaucoup plus pertinentes que sa galerie de portraits. Dans ceux-ci l'anonymat règne, à l'inverse ses impressions champêtres contredisent ce à quoi la politique avait réduit l'humain.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.