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Marcel Miracle

MARCEL MIRACLE

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MARCEL MIRACLE : UNE SAISON AU SAHARA
par Jean-Paul Gavard-Perret


L'oeuvre de Marcel Miracle catalyse des montées vers l'invisible rendu visible par des séries de vignettes qui fonctionnent pour les laisser à se désirer (le « se » est capital !). Les images n'enclenchent pour autant pas de processus primaires ou ambigus. Surgit l'aporie non l'arrogance. Le regard devient abyssal face à des surfaces enrobantes qui se dérobent. Ce que le voyeur croit investir, devient principe d'une autre séparation. Il est possédé et dépossédé.

Après « Visions de Thamühl » et « Au-delà Lisboa », le « Petit Manuel » porte aux confins d'un monde de « contrées magnétiques », les « grandes contrées d'espoir » certainement prophétiques. Textes et dessins font du livre un objet apparemment hétéroclite et fourmillant. De fait et une nouvelle fois Miracle recrée une cosmogonie par entrelacs et inserts.

Puisant ses références poétiques dans le chamanisme africain tout autant que chez Arthur Cravan, Malcolm de Chazal ou Borgès, tirant ses vignettes du côté de chez Klee, de Tourski et de l'iconographie primitive ou surréaliste Marcel Miracle invente une jonction particulière entre les unes et les autres. Ses images ne sont en rien des « illustrations » des textes et ces derniers ne sont jamais des commentaires de premières.

Une cosmologie du minéral se met en branle dans des séries de séquences. La cohérence se comprend au final au sein de ce dialogue. Il répond à un autre que le créateur définit ainsi : « Le monde est confus, le songe de lui-même, une illusion. Créer son propre monde, générer son oeuvre n'est pas faire une copie ou entrer en compétition, c'est un dialogue entre le réel et l'imaginaire ». Et une fois de plus le créateur amorce et finalise des suites de rapports entre la pensée logique et la pensée analogique.

Textes et images font remonter du chaos au cosmos, de la ténèbre à la lumière afin de lutter contre tous les spécialistes de ce qu'une philosophe belge nomme le « chaosmos ». Et à cela une raison majeure : « Je cherche à traduire l'illimité avec des moyens limités » dit Miracle.

Etre solaire par excellence ses errances sont en conséquence bien plus qu'un rêve. Par l'émotion proposée il déjoue les apparences de « babels effondrées ». Au milieu des sables du désert il retrouve par exemple sur une roche noire usée par le temps une « forme de templier ». Et tout est à l'avenant.

L'oeuvre est à la recherche d'archétypes revisités au sein d'une organisation secrète et complexe. Même l'aridité du lieu permet une profusion délirante mais au devers de la confusion. Tout pourtant se mêle : notes brèves de synthèse, trajectoire du soleil, fragments de journal de voyage, poésie « pure ».

La profusion, la fécondité jaillissent de l'œuvre de celui qui se définit comme « Rôdeur, instable, fasciné par les épaves du gui restant accrochées aux branches de nos tristes campagnes, roulant le scarabée dans la poussière et plongeant sa main dans les fourmilières (…) Fidèle des quincailleries et du paléolithique, Marcel tatoue sur la chair blanche des feuilles ses miracles volés au temps. »

Du désordre naît l'ordre ou si l'on préfère un nouveau miracle de Miracle. Ayant toujours dans sa poche « des petits cailloux aux noms étrangers » l'artiste explore la minéral qui devient aquatique sous l'effet de vagues des dunes. Elle se confondent avec les nuages bleus qui déchirent la soie du soir pour configurer un nouvel univers.

D'une ressemblance obscure naît une autre. En une chute qui ne tombe pas. L'orage est autre que l'orage. Par effet de variations, ce qui n'est jamais montré est inclus jusqu'au commencement du monde. Et à travers traces, incisions, içnserts et glacis des surfaces sensibles où la lumière augmente par effets de couleurs. Marcel Miracle en décline des variations. Elles contredisent le compact et l'anneau de l'union.

Trajectoire inachevée. Nudité de la peinture, de sa "chair du double" dont parle Bernard Noël. Jonctions, déplacements, glissements, décadrages créent une abstraction figurative. Elle est tournée autant vers l'aube que le crépuscule, vers la dureté dans sa fragilité. L'épure donne à la violence un velouté, procure à la douceur une subtile perversité.

Demeurent à travers les jeux de lignes - jeux savamment orchestrés - des bruissements visuels qui sont de l'ordre de l'écharpe, Du secret,. L'instant répété de l'envol immobile. Traces que traces : pas vraiment le lointain, ni l'intime. Mais les deux à la fois. Aucun terme à ce mouvement au sein de l'immobilité.

De Marcel Miracle, « Petit manuel de Minéralogie Prophétique », Editions art&fiction, Lausanne, 2012.

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.