Artistes de référence

Joan Miró


L’exposition de la Fondation Maeght :
« Miró en son jardin »

250 oeuvres, peintures et sculptures majeures - dont certaines jamais montrées au grand public - illustrent l’histoire d’un lien profond entre la famille Maeght et Joan Miró, monstre sacré de l’Art du XXème siècle et artiste pleinement impliqué dans la création de la Fondation Maeght. Présentée dans l’intégralité des salles et des jardins, cette exposition évoque la force du lien entre l’oeuvre de Miró et ce lieu unique pour l’artiste : un lieu de séjours, de rencontres, de réflexions et, plus encore, un atelier à ciel ouvert. Une occasion exceptionnelle de rencontrer « Miró en son jardin » et de découvrir les secrets de sa création.


FORCES DE MIRO
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Miro affiche expo« Miro en son jardin », Fondation Maeght, Saint Paul de Vence jusqu’au 8 novembre 2008.

Miro, contrairement à Picasso, n’a jamais cherché à démonter les figures ou les choses en vue d’une nouvelle logique. Ill n’a pas cherché non plus à fabriquer du sacrilège à coup de « ready made ». Il a fait mieux. 

Il a inventé de nouveaux fétiches entre l’être et l’animal, entre le corps et l’esprit au sein de cérémonies  festives.  Un disque bleu et un oeuf rouge suffisent à suggérer la maternité nourricière. Mais elle peut se décliner tout autant par d’épaisses courbes noires de deux seins agrémentés de taches de couleurs.

Quoique de culture ibérique, Miro n’a pas cultivé le côté noir, morbide, glacé du caractère espagnol. Il n’est jamais du côté du diable, du mal, de la souffrance . Le taureau chez lui n’a rien de tragique : il est rieur et souple. Et si le peintre aime à pratiquer dans sa peinture le burlesque, le grotesque  n’est pas de mise.

L’artiste est donc resté en contre-emploi par rapport à son époque. Il avait tout pour être rejeté si ce n’est la puissance tonitruante et jouissive de son œuvre. On ne pouvait la passer sous silence. Elle éclatait. Pour preuve Jacques Kober qui intronisa le premier Miro chez Maeght dès 1948  fut saisi par la « simplicité inexplicable et la solarité inépuisable » de ses œuvres.

Loin des couverts sombres le peintre a su raviver le monde dans des œuvres sobrement éméchées. Elles sont les fruits d’un travail incessant sur le monde, sa perception et sur l’idée même de représentation. Miro l’a épluchée comme on le fait d’un oignon pour en comprendre les strates jusqu’au cœur – lui-même stratifié.

Ses personnages sont à moitié animaux, à moitié astéroïdes. Ils tombent en riant du ciel pour qu’on y grimpe non en pur esprit mais « encorpsdé » et ensorcelé. Tandis que tant d’artistes se sont contentés de scier la branche sur laquelle ils s’étaient assoupis pour pouvoir geindre à qui mieux mieux, Miro a cultivé sa mélodie du bonheur. Au gré du vent mais dans une fidélité totale à lui-même.

Son œuvre reste l’incomparable noctambule des pleines journées, avec ses rouges, ses bleus, ses jaunes et ses verts. Avec ses larges zébrures de noir qui soulignent la ferveur des premières sans qu’on s’en aperçoive et qui font pencher notre tête plus haut..

Miro ne s’étant jamais trahi, nous a jamais trahi. On ne cesse de se baigner dans ses étendues contaminées d’allégresse et de ce qu’il faut bien appeler, même si le mot fait frémir, de beauté nue en cerceaux frais.

Miro est plus Italien qu’Espagnol. Il a osé être le peintre du bonheur.  Le plus étonnant c’est qu’on lui a pardonné. Preuve qu’on en manque drôlement. Hélas. Dans l’art. Comme dans la vie. Son œuvre reste pour en délivrer un peu. Grand bien nous fasse.

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.