Artistes de référence

Lydia Morano


Guide juridique et fiscal de l'artiste :
s'installer et choisir son statut,
promouvoir et protéger son oeuvre
de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).

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ENTRE DEUX EAUX : PREGNANCES DE LYDIA MORANO
par Jean-Paul Gavard-Perret



La peinture et les encres de Lydia Morano en leurs pans de couleurs aux pigments étranges, à travers ses portraits et autoportraits créent un réel vague situé, entre deux eaux. Ou mieux comme à travers des eaux pour mieux saisir les sentiments enfouis dans la couleur et la matière et pour les faire éclater dans chaque œuvre de manière violente pour embrasser le monde selon diverses échelles.
La technique de l'artiste – on devrait dire plutôt sa main, sa manière – est violente et intrigante. Drôle souvent, parfois grave. Tout se retrouve en équilibre instable – mais équilibre tout de même. L'artiste semble jeter à grande eau mais l'histoire de la représentation de la femme en vue de se réapproprier son corps à travers ses transpositions et ses dédoublements, ses portraits intimes ou des vues plus générales. Surgissent la fermeté du trait comme parfois son imprécision : les couleurs les cernent, les imprègnent plutôt que de les noyer. On voit ainsi filtrer le corps préservé de la ligne mais tremblant dans l'élément couleur, l'élément "liquide".
Une telle peinture pourrait rapprocher de la gouache. Mais en fait le détrempage se produit d'une autre manière. La peinture se gonfle, déborde de possibles. Dans le silence des êtres debout restent de gros de morceaux de mots tus, de clameurs suspendues, d'échos à conjuguer ou à laisser flotter. La peinture est engrossée comme une femme enceinte ou comme la cargaison d'un navire toujours en partance.

Entre la lavure, la matière, la coulure et le pan Lydia Morano invite à l'abandon et à l'attention flottante. Nous rêvons peut-être de ce que l'artiste livre d'elle-même dans ses tentations de narration de personnage qu'elle a d'abord laisser nager ou grandir dans son ventre. Et les voici soudain - après le temps qu'il a fallu à l'artiste pour mimer la durée de gestation et la pulsion du travail. Les voici rendus à leur vérité crachée. Accouchés, réengendrés, gorgés d'amour, chargés de l'avenir et de la mémoire. Tous vénérables, fécondés, nés par la main plus que par le siège d'avoir reçu la coulure d'une féminine semence.

Opus et corpus la peinture conjugue l'actif et le passif de deux verbes ou plutôt de deux opérations picturales : empreindre et imprégner. Deux opérations dans le même corps sur le même espace pictural. Lydia Morano l'envahit en laissant sa marque mais la pénètre par l'expression de son flux après le levée d'un barrage. Surgissent les traces et les semences des générations, des empreintes noyées et des traits noirs comme en transparence en vue de remettre à flot un corps de femme ou plus généralement du monde.
A sa manière l'artiste cherche querelle à toute l'histoire de la peinture, à tous ses patrons et à leurs manœuvres d'homme qui ont mis en scène, représenté, occulté, sublimé, mythifié, voilé, violé, dénié, dévêtu, méconnu, mystifié (tout cela revient au même) le corps de la femme. Ce dernier aura tout supporté : c'est pourquoi chez Lydia Morano, les bras des femmes tombent. Mais soudain la femme devient sujet : elle n'est pas sujet de l'homme peintre, elle n'est pas support.

A travers les couches de peinture, l'artiste la restaure, la remet à flot en franchises de modèle et en étant avant tout elle-même : émancipés, blessée, vulnérable et forte. Sa manière elle répond aux questions : pourquoi l'histoire de la peinture serait-elle qu'une histoire de la femme peinte, exhibée, manipulée par les hommes ? Pourrait-on résumer l'histoire de la peinture à sa "persécution" ?
L'artiste interprète donc le sens caché de toute la peinture qui la précède. Elle l'interprète d'après elle et en exhibe une autre scène. La créatrice joue librement de ses pinceaux pour inventer, après coup, une autre partition des corps sans emprunt dans la loi joyeuse et cruelle de l'héritage, le legs des générations et le simulacre de la tradition (fidélité d'apprêt).

Dépouillés de toutes modalités décoratives les "corps" de l'artiste sont des corps rapatriés exposés comme prélevés qui racontent une histoire sans être des otages de la peinture. Une histoire qui pose encore les questions suivantes : que sont ces corps ? Qui rêve là ? Pourquoi ne pas inventer un autre rapport corps ? En ce sens à travers le murmure des peintures et des encres on peut entendre une critique de la représentation.. La féminité n'y est plus seulement une figurante mais une visiteuse qui complote quelque chose comme le vol de Vénus entre mer et ciel. Et Basquiat n'est pas loin...

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.