Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Benoist Mousseau





BENOIST MOUSSEAU ET LES FRENESIES NOIRES .

par Jean-Paul Gavard-Perret

benoist mousseauBenoist Mousseau « Les Corbeaux », Passage d’encres.

Le dessin et le graphisme de Benoist Mousseau sont économes et tendus. Non  vraiment minimaux mais serrés, denses. Le jeu du noir et de la répétition de motifs créent une intensité qui travaille un rapport douloureux à la « défaite sans avenir dont parle Rimbaud dans le texte que le graphiste et paysagiste a choisi de plus qu’illustrer pour Passage d’Encres.

En dépit de la violence macabre surgit une empreinte vibrante du paysage, de la nature. D’où l’ambivalence des « images » qui signifient autant  aller vers la mort que se tourner vers la nature. 
Du poème énigmatique de Rimbaud Benoist Mousseau crée l’inverse d’un obscurcissement : une déroute où l’oiseau noir devient plus qu’une allégorie de l’humain.

Volontairement sans effet (ou très peu) de perspective se crée un face à face par la multiplication du motif des oiseaux « au cri sévère » selon Rimbaud. Leur horde nocturne se plaque sur différents types de fonds striés. La terre semble comme brûlée et n’est que motif de cendres alignées. Le ciel aussi. Bien loin d’un bucolique tendre, le crépuscule est de mise. Il reste le plus marquant dans ce graphisme proche d’une écriture par ses coupes et ses stries à l’intérieur de groupes pourtant très soudés. Cela donne une tension particulièrement incisive et prégnante.  Elle prouve combien l’art est  autant affaire d’émotion que d'un travail  proche ici  de la gravure et de la xylographie.

Dans les noirs surgit un étrange jour. Il y a là tout autant un divorce avec la lumière que sa proximité par effet de sarabande et de rumeur lorsque le ciel se couvre d’oiseaux noirs et que soudain l’espérance n’est plus. Restent des sillages qui sont autant de barrages sauf  à la pelote des angoisses et des doutes.

En conséquence la réalité retravaillée par la fantasmagorie de Rimbaud et de Mousseau renvoie non à un fantasme mais à une présence d’éclats noirs mais vibrants.  Nous sommes là dans le vide et le plein. Il n'y a plus de neige, juste des terres nues, noires, arides. Les corbeaux en restent les sentinelles égarées et les seuils de présence tatoués par les cadences plastiques avec lesquelles l’artiste inscrit les corbeaux au sein d’une procession schématique et syncopée. On l’aura compris : exit  les copulations et les symphonies pastorales !

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.