Artistes de référence

Mylène Besson


Mylène Besson

« Je peins essentiellement la femme parce que c’est ce que je suis et tant que tout mon questionnement actuel cherche avec cette forme même. Je sais le monde, les autres, moi-même par mon corps et j’essaie de dire cette traversée là, l’animalité féminine. »

« La peinture est indispensable pour voir le monde. Elle nous parle de l’homme depuis les cavernes jusqu’à nos jours. C’est une trace, une empreinte de l’humanité. »

« Etre peintre, c’est être moi, c’est la même chose. Je vis, réfléchis avec la peinture. »

Mylène Besson

 


Mylène Besson : portrait de l'artiste en Sainte.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

La perte dont Mylène Besson embrasse le lieu.
La perte irréductible qui différencie le travail du deuil et celui de la mélancolie, Une mélancolie particulière où ne peut se reconnaître ce qui a été perdu sinon le corps où le sujet se creuse, se mange du dedans afin de ne demeurer rien d’autre qu’une place vide.

C'est cette place dont l'artiste dessine les contours. Là ou il est le plus intime et où il est dessiné avec une précision minutieuse et rare. Elle n'a rien d'organique (effet du noir du graphite et du blanc du support). Entre une telle mélancolie et un désir surgit la melanconia . Elle n'entraîne pas le désœuvrement total mais le désir peut-il se reconstruire ? Le temps a disparu. Ou plutôt c'est le temps des gisants : combien d'années pour glisser dedans ? Combien de temps pour en sortir ? Mylène Besson ne répond pas mais tente d’expulser de l’être le trop mortifère lié à la perte, à la stérilité comme à la procréation.

Reste qu'il y a le manque, mais l'artiste montre son seuil. On demeure immobile, immobile nous aussi face à des dessins qui sont autant de rites. Soudain une image fleuve a raison du corps. Sa chaleur est encore profonde dans cette exposition paradoxale que Mylène Besson tend dans ses trompes l'œil (des trompes la mort ou l'amor ?) pour avoir raison de nous. Faut-il se noyer en ce qu'elle montre ? Parler d'une envie mais pas d'un désir. Celui-ci est réservé aux Saintes. Elles savent que par lui nous ne gagnons rien. L'autre en lui parle toujours à notre place. Et nous n'avons rien à dire qu'il ne sait déjà. En ce sens l'artiste est une sainte Comment expliquer autrement pourquoi ses dessins mot sont noirs et que ses peintures par leurs couleurs parlent d’une “ voix" d'écart. Il ne faut plus y chercher un visage parce que la douleur n'est plus tout à fait la douleur Et parce qu’il reste malgré tout une voix qui vient de plus loin, de plus "bas". Aspiration intime, Dépouillement absolu au sein de l'exubérance (contrôlée, scénarisée). Retour à l'origine du monde. Plus près encore que dans la stratégie de Courbet.

Demeurent les plis, les ridules. Le corps plaqué dans le vide renouvelle sa perspective, il repart du néant vers la rumeur de vie. Le corps n'est pas un lieu ni un non-lieu. Il les dépasse. Une fois "étendu" dans les peintures de l'artiste, ses dessins le décadrent, le décentrent. Ils "disent" ce qui peut advenir par surprise même s’il ne le croit plus. En l'étendue de la perte : la trace de l'invisible. Le monde soudain lui-même est métaphore, l’être qu'une image tronquée sur laquelle la lumière vient butter.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.