Myriam Parisot-Librach : la vie dans les plis
par Jean-Paul Gavard-PerretMyriam Parisot-Librach, Galerie Brissot & Linz, 48 rue de Verneuil, Paris (7ème) :
- exposition collective (juin 2009)
- exposition personnelle « Du visiteur qui ne vient jamais aux ateliers des patrons » (septembre 2009).
Myriam Parisot-Librach
- Les Patrons (4) - 2007/2009
Acrylique sur papier, 75x80 cm
Courtoisie de l'artiste - photo de Raymond Oillet 
L’art de Myriam Parisot-Librach est une longue genèse. Il prend sa source dans l’atelier de son père tailleur. Les patrons de papier fascinaient l’enfant et c’est là que tout commence. On en recouvre des traces dans les œuvres de l’artiste où semblent parfois se dessiner au cœur de l’abstraction des sortes de formes humaines. Le patron représente un dessous de la forme, son origine, sa matrice. Pas tout à fait forme ou objet, il est plus qu’esquisse du réel : il posa inconsciemment à l’artiste en herbe toutes les questions de l’image. Plus tard elle a poursuivi de longues études des corps dans la peinture (entre autres chez Delacroix) avant de se diriger via Braque et l’abstraction lyrique vers l’américain Gorky que Myriam Parisot-Librach considère comme son maître ou son second « patron ».
Dans des œuvres à base de papier mais aussi avec ses huiles l’artiste nancéenne construit une œuvre animée par des traces sensuelles et torturées. Toutefois on ne peut s'agripper à elles comme à des planches de salut : leurs jeux de miroir nous font chavirer, médusent notre radeau. S'engendrent à leur surface des sortes de trompe-l'oeil dans des battements cérémoniels de lignes et de couleurs. Le papier fore en retrait les incisions de lumière comme s'il appliquait l'espace sur lui même. Le regard doit reprendre ses parcours pour comprendre ce qui à la fois déborde et fait repli. De la sorte l'artiste nous contraint à évaluer nos forces, nos faiblesses, notre violence, notre envie. Il y a là plus qu'une prise de vue : une prise par le ventre de la matière. L'artiste se et nous met en aptitude de voir l'impossible et de découvrir dans divers p(l)ans les gestes sur lesquels l’attention doit porter. Emerge une abstraction qui devient ce qu'elle est rarement. A savoir une substance. Plus que de traces il faut alors parler de partitions de lumière dans ce qui tient à la fois de l'épaisseur, de l'union et de l'exclusion bref du principe même de l'anamorphose dont le "patron" fut la première ébauche.
Reste cet effet d'abyme sur le blanc. La seule possibilité, l'unique seuil ou transfert. Le plus grand des dangers, dans la plus forte des brûlures. La gageure plastique de l’artiste non seulement perturbe la matière : elle l'indétermine dans des suites anamorphiques, rythmiques de failles, de feuilletages et de remontées. On entre de plain-pied dans des images qui nous séparent de nous-mêmes pour mieux nous approcher de notre fond, nos suites d’à-côtés, notre théâtre d’ombres, notre tissu si fin qu’il tombe en pièces, en fragments. Seules des images comme celles de Myriam Parisot-Librach peuvent évoquer.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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