Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Nadine Fievet

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Nadine Fièvet

Née à Bruxelles, en 1947, Nadine Fièvet est peintre, graveuse, photographe, et auteur d'installations. Elle enseigne le dessin et la couleur à l’académie des Beaux-Arts de Tournai en Belgique. Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections privées et publiques ainsi qu'au Musée royal de Mariemont (Morlanwelz) .

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Nadine Fièvet
Résurgence de la Couleur, 2002
disponible chez Allposters


La jeune femme qui descend l'escalier

de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

» Bon de commande ( prix : 10,00 €)
» Editions du Cygne

Nadine Fievet : visitations
par Jean-Paul Gavard-Perret

Nadine Fiévet, « Paysages revisités », Galerie Alain Beciani, Charleroi ; 14 février – 14 mars 2009.

 

Nadine Fievet - Couleurs de Birmanie
disponible chez allposters

Ce qui compte ce n’est pas le modèle mais sa perte.  C’est pourquoi, avec ses paysages, Nadine Fiévet s’intéresse plus à un mouvement de déplacement et d’épure que de figuration.  Le lieu d’investigation de la peinture est donc celui où la référence s’entaille, fait défaut, est prise à défaut, se vide de son sens.

Toutefois l’artiste belge sait qu’il convient de se maintenir toujours sur un fil ténu dans un travail dialectique entre la nature et la réalité et les manières dont qui les re-présentent. Dans ce grincement des gonds, dans cet interstice il s’agit de perturber toute tangibilité afin de créer une tension, une attention nouvelles sans forcément «bien  huiler » pour que disparaissent les grincements du réel.

Toujours par référence à ce dernier, l’artiste par son œil « enfante la couleur » et fait de chacune de ses oeuvres une « épreuve » exemplaire de lumière. Chaque toile crée une nouvelle charnière, un point d’ouverture inédit. Elle donne ainsi réalité à la réalité. Dans les glissements de couleurs que l’artiste opère elle n’en donne pas simplement une trace mais un dessein.

Refusant toute manipulation qui clôt, Nadine Fiévet traite la couleur en saillies et rompt avec l’imitation ou la ressemblance de la nature.  Toutefois ce ne sont pas les fantasmes conscients ou inconscients que contient toute image mais le travail d’engendrement qui retient dans l’oeuvre.  Il s’agit là d’un travail à la fois d’harcèlement et d’usure mais aussi de transparence et de suture.

Il n’est plus question de retrouver (singer) un modèle mais d’oeuvrer pour atteindre une reconnaissance primitive, une autre présence qui ne cherche pas à reproduire une antériorité mais à prédire l’avenir.  Car si le terrain est vite connu, c’est le seuil qui n’est pas évident à saisir.

Ce qui intéresse Nadine Fiévet reste le seuil ou encore l’épiderme d’un paysage. Il convient de le perforer, de le mettre en pièces non pour en compter les abattis (autopsie) mais, par les interstices opérés, d’en préserver le vivant à travers le traitement particulier de la couleur.

Epure après épure, l’artiste dérive du lieu, en accepter la débâcle contre la glaciation. Chaque acrylique permet d’atteindre par transparence le monde loin de tout rejets et déjections.  On sort ainsi de la quadrature de la représentation. Contre l’harmonie (toujours imitative), l’artiste décline des suites de secondes et de tierces afin d’embrasser du regard un lieu connu pour qu’il bascule dans l’inconnu en nous mettant toujours à  la lisière : non pas sur le motif, mais dedans.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.