Nadine Fievet : visitations
par Jean-Paul Gavard-Perret
Nadine Fiévet, « Paysages revisités », Galerie Alain Beciani, Charleroi ; 14 février – 14 mars 2009.
Nadine Fievet -
Couleurs de Birmanie
disponible chez allposters
Ce qui compte ce n’est pas le modèle mais sa perte. C’est pourquoi, avec ses paysages, Nadine Fiévet s’intéresse plus à un mouvement de déplacement et d’épure que de figuration. Le lieu d’investigation de la peinture est donc celui où la référence s’entaille, fait défaut, est prise à défaut, se vide de son sens.
Toutefois l’artiste belge sait qu’il convient de se maintenir toujours sur un fil ténu dans un travail dialectique entre la nature et la réalité et les manières dont qui les re-présentent. Dans ce grincement des gonds, dans cet interstice il s’agit de perturber toute tangibilité afin de créer une tension, une attention nouvelles sans forcément «bien huiler » pour que disparaissent les grincements du réel.
Toujours par référence à ce dernier, l’artiste par son œil « enfante la couleur » et fait de chacune de ses oeuvres une « épreuve » exemplaire de lumière. Chaque toile crée une nouvelle charnière, un point d’ouverture inédit. Elle donne ainsi réalité à la réalité. Dans les glissements de couleurs que l’artiste opère elle n’en donne pas simplement une trace mais un dessein.
Refusant toute manipulation qui clôt, Nadine Fiévet traite la couleur en saillies et rompt avec l’imitation ou la ressemblance de la nature. Toutefois ce ne sont pas les fantasmes conscients ou inconscients que contient toute image mais le travail d’engendrement qui retient dans l’oeuvre. Il s’agit là d’un travail à la fois d’harcèlement et d’usure mais aussi de transparence et de suture.
Il n’est plus question de retrouver (singer) un modèle mais d’oeuvrer pour atteindre une reconnaissance primitive, une autre présence qui ne cherche pas à reproduire une antériorité mais à prédire l’avenir. Car si le terrain est vite connu, c’est le seuil qui n’est pas évident à saisir.
Ce qui intéresse Nadine Fiévet reste le seuil ou encore l’épiderme d’un paysage. Il convient de le perforer, de le mettre en pièces non pour en compter les abattis (autopsie) mais, par les interstices opérés, d’en préserver le vivant à travers le traitement particulier de la couleur.
Epure après épure, l’artiste dérive du lieu, en accepter la débâcle contre la glaciation. Chaque acrylique permet d’atteindre par transparence le monde loin de tout rejets et déjections. On sort ainsi de la quadrature de la représentation. Contre l’harmonie (toujours imitative), l’artiste décline des suites de secondes et de tierces afin d’embrasser du regard un lieu connu pour qu’il bascule dans l’inconnu en nous mettant toujours à la lisière : non pas sur le motif, mais dedans.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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