Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Nathalie Shau

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Nathalie Shau

nathalie sau

La fascinante Nathalie Sau, tête de file du mouvement Dark Romantic, est né en 1984 en Lithuanie.

Nathalie Shau : le site



Nathalie Shau au cabinet de curiosité

par Jean-Paul Gavard-Perret

Natalie Shau, exposition, Cabinet des Curieux, 12 passage Verdeau, Paris (janvier 2009)

Nathalie Shau - Fairy tales - Pearls
courtoisie de l'artiste
nathalie_shauEn un peu moins de trois ans la jeune lithuanienne qui s'était fait connaître par Internet expose désormais dans le monde entier et devient l'exemple type de ce que l'on défini comme "l'art alternatif" ou le "dark art" illustré. Dans cette zone il existe une quantité de travaux approximatif et de mauvaise qualité puisque tout un chacun peut s'y sentir et s'y affirmer artiste. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

Réalisant ses œuvres de manière digitale, Natalie Shau développe une thématique particulière, post-surréalisme, mi victorienne mi futuriste qui rappelle parfois Leonor fini. Ses personnages aux allures "disneyïsées", ses animaux difformes, ses filles aux grands yeux projettent quelque chose de neuf aussi frais que très ambigu. Le charme opère sous la feinte de douceur. Les couleurs se font léthéennes pour nous entraîner dans un univers sado-onirique. Poussant désormais sa recherche non seulement vers le dessin mais aussi la photographie ( dont par exemple la superbe "Three grace with a knife" qui joue sur un registre "metal" et vénitien) l'artiste étire son travail entre deux pôles : d'un côté quelque chose de léger, d'acidulé et de l'autre des travaux plus sombres et monochromatiques. L'horreur dans son œuvre n'est jamais bien loin mais elle reste le plus souvent traitée de manière aporique. Natalie Shau feint de ne pas y toucher mais elle nous plonge dedans.

Il fait donc nous méfier de la fée clochette lithuanienne. D'autant qu'elle ne cesse de gagner en maturité et en malignité. Proprement découpés ses poupées et ses animaux font figure certes de portraits mais sont aussi voué à une dissémination spatiale. Ils deviennent des objets visuels à mi-chemin entre la hantise et la méditation.

Et le corps redevient ce qu’il est depuis toujours : un objet de perte qui pose la question  non seulement de l’identité mais ce qui se cache dans ses replis. « Alice Cat », « Child Bride », « Alice » , les Trois Grâces au couteau  deviennent moins des machines provisoirement célibataires à fantasme que leur tombeau. Certes demeure ces présences persistantes  que l’on contemple et vers lesquelles on demeure fixé sans y être vraiment invité même si l’artiste fait tout pour nous tenter. Demeure un point de démarcation d’un état de vision et d’un état d’oubli, d’une état de vie et d’un état forcément fantomatique.

Comment dès lors ne pas voir ou entrevoir la graphie de ces corps perversement innocents comme le relevé de déchirures vivantes  de notre temps ? Les lignes parfois légère et parfois plus épaisses et les couleurs bonbons cachent et montrent un « creux » virtuel ouvrant à l’expérience visuelle et fantasmatique le plus intime de notre corps livré non à l’espoir d’une définition ou d’une sommation d’une assomption mais à cette graphie particulière qui  nous parle d’anatomie c’est à dire de notre déchirure et de notre découpe. Le lieu du corps est ainsi pris à bras le corps. Il s’agit de retrouver son intériorité architecturale, générique et reproduire cette intériorité inconsciente faite d’innocence et de perversité comme une topologie mouvante, métaphorique semblable aux reprises d’une grand corps fantastique : non un corps anatomisé par le simple fantasme mais le corps atomique et expulsé de lui-même dans ses éclats comme si tout lieu était pensé comme un organe et tout organe comme un lieu.  Une rêverie architecturale se déploie et jouxte une rêverie organique. La maison de l’être n’est plus qu’un univers souterrain encombré d’éléments fantastiques dont l’âme slave de l’artiste s’empare pour les faire entrer dans des romans roses et noirs et souvenirs de « la maison des morts » et des fous de Gogol..

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.