Artistes de référence

Nicole Pravert


Nicole Pravert

Née en 1943 à Rodez (France), elle vit et travaille en Savoie à Saint-Pierre d'Albigny dans sa maison atelier.
Talent reconnu, elle utilise, pour ses œuvres abstraites, essentiellement l'acrylique, qui lui permet de peindre "à l'instinct".

 

Nicole Pravert : le site

NICOLE PRAVERT OU LES PRIERES D'INSERER

par Jean-Paul Gavard-Perret

Nicole Pravert, Oeuvres récentes, "Quelque Part Ailleurs", Chambéry du 10 au 31 octobre.

 

Peut-être - mais le peut-être est important - parce qu'elle est femme, Nicole Pravert ne cherche pas le tour de force du virtuose. Elle n'est jamais une acrobate perfectionnant son numéro. Elle a mieux à faire : tenter simplement d'éclairer ce qui est vrai dans l'acte de peindre comme si à travers les coulées, les griffures il fallait revenir aux principes essentiels qui ont forgé le langage humain. C'est pourquoi dans ses toiles il n'existe jamais de remplissage. La couleur s'affiche (avec un bonus pour le rouge) lorsque le besoin s'en fait sentir : par nappe ou par effacement et le "dessin" mais tout compte fait est-ce bien le bon mot ?) n'est ni cerne, ni cloison.

Mais ce qu'on ressent avant tout dans les séries ( si différentes soient-elles quant à leur couleur de base même si répétons le "le rouge est mis") c'est qu'il n'existe pas chez elle de tache à accomplir, de travail besogneux. La peinture ici c'est le plaisir. Ou si l'on veut la réflexion et la jouissance qu'un tel travail procure à l'artiste qui le conçoit et qui en tant que tel se montre (d'où l'effet de résurgence sur celle ou celui qui regarde).

Chez Nicole Pravert- et quelles que soient les périodes de son travail - le dessin garde toute sa liberté et permet à la couleur de préserver aussi la sienne. Dessin et couleur, graphisme et peinture : chacun cohabite avec une façon qui leur est propre. Pendant que la couleur produit une profondeur, le dessin, le graphisme décrivent des trajectoires secrètes sur une sorte de peau, un peau faites de plusieurs couches de matière colorée et selon une technique qui est propre à l'artiste.

C'est pourquoi ses oeuvres donnent une idée à la fois de souplesse et d'épaisseur fruit d'un travail d'accouplement de l'œil et de la main.
L'œil instille sa précision déréglante et charriée dans la main lui fait décrire des courbes dont le changement d'intensité, de vitesse, de volumes produisent cette peinture de signes héritière sans doute pour une part des "drippings" de Pollock mais qui explore d'autre manière l'action et la manière de peindre.

On devine aussi chez l'artiste l'acuité visuelle et le plaisir du geste de caresse : le voir de Nicole Pravert fouette ou retient la main. Mais ce geste n'est jamais un tic nerveux qui souvent - en particulier chez les faux calligraphes - ne donne qu'un débordement mécanique de l'ivresse sur commande. Ici et à l'inverse l'artiste ne confond pas vitesse et précipitation.

D'où la fraîcheur, la "respiration" des tableaux en leur expansion contrôlée de la matière colorée sur la toile (même si parfois cette couleur par masses ou traits semble en gicler) ou sur ce qui en tient lieu (panneaux de construction, papier marouflé sur support pare exemple). Les formes se retrouvent ainsi sur d'étranges surfaces - le pluriel est important. L'épaisseur se fait ainsi ambiguë et c'est cela qui en constitue le prix. Nulle saturation, nulle évidence, nul poids :
reste toujours une sorte de liberté et c'est ainsi que la peinture tient ses promesse, demeure riche d'un nouveau départ.

En faisant rentrer le discontinu - voire des éléments étrangers (collages, graphismes) - dans le monde continue du tableau, sa situation change : par la mise en présence de plusieurs "évidences", entre des "entités" qui se côtoient et subissent des influences réciproques une nouvelle partie se joue. A nous alors de rentrer dans le dialogue de la peinture puisque l'artiste elle-même préfère plutôt garder le silence (ce qui n'est pas plus mal : tant d'artistes "tiennent" plus par leur discours que par ce qu'ils proposent de tangibles).

Nous subissons la douce violence d'une assomption de la présence, de ce qui est présent en ce que l'acte de peintre chez Nicole Pravert produit.
Et c'est comme si tout était là et qu'il suffisait d'effleurer la toile au bonne endroit pour que sa peau s'ouvre et rende tout visible. La moindre tache piège le réel et se nourrit, comme elle le nourrit, de l'expérience d'un vécu qui a généré pas à pas l'œuvre.

On sent qu'"un" réel est là. Ce là étant le lieu d'action là où ce qui compte reste ce que fait l'œil de peintre. Et ce que fait cet œil est moins de faire un tableau que de voir (voir ce qui se passe sur la
toile) afin que, en contre coup, nous voyons autrement pour nous faire une vérité secrète de ce qui nous apparaît là où l'artiste à la fois fait avancer le tableau comme un tout mais non de manière massive.

Il existe ainsi toujours chez Nicole Pravert des étapes, des "stations"
(pas forcément d'un calvaire mais plutôt de cette assomption citée plus
haut) afin de s'éloigner du convenu et faire apparaître ce qui constitue "sa" différence par le pouvoir à la fois raisonné et irraisonnable du regard de celle qui contemplant sa toile pour qu’elle avance - sans le souci de la recouvrir mais d'une certaine manière de la dénuder - ne regarde que nous.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.