par Jean-Paul Gavard-Perret

Olivier Rebufa,
Galerie du Tableau,
Rue Sylvabelle, Marseille.
Octobre 2008.
Il y a dans le travail d'Olivier Rebufa une joie première. Pourtant cette entreprise n'est pas sans sérieux loin de là. François Bazzoli le résume en une double question : « Quel poids (réel, symbolique ou numérique) s’accolerait donc à une photo chargée, fétichisée, envoûtée ? Si les sorts et les grigris ont bien une durée limite au temps de leur réalisation, qu’arriverait-il aux photos soumises à ce traitement à la fin de cette action. Perdraient-elles leur image photographiques, leurs qualités plastiques, leurs charges argentiques, leur définition numérique ? ».
Après avoir longtemps actionné des poupées Barbie, le photographe s'intéresse à d'autres poupées : moins industrielles mais qui sont aussi et à leur manière à la fois des fétiches et des jouets d'une autre époque et d'autres lieux. Elles permettent par effet de bandes de donner une force magique à la photographie qui devient elle-même grigri du grigri Il n'y a cependant rien d'un jeu exotiquedans la dérive africaine. Comme il n'y avait pas simplement un amusement lorsque pendant 16 années, l'artiste s'est photographié et donc auto représenté au milieu de poupées Barbie dont il devenait l'ustensile en prenant les jouets pour des femmes en une inversion des données.
Si la mise en action du corps dans le quotidien de la vie humaine est la chose la plus ordinaire, le processus qui l’instaure en photographie est loin d’être aussi banal. L’intervention du média suppose des ajustements permanents des techniques et du corps représenté dans les moindres gestes. On peut faire l’hypothèse d’un sentiment d’une présence corporelle de soi se réajustant sans cesse à l’action en cours. Cette question apparaît comme une préoccupation permanente de l'artiste pour comprendre comment il s’éprouve, se reconnaît et se réalise dans ses actes.
Pour Marcel Mauss le corps est « le premier et le plus naturel des instruments de l’homme » mais pour le photographe et dans sa mise en scène son « être au monde » devient à être et avoir un corps par le médium et pose toute la complexité du problème de la photographie : le corps, à travers elle, ne peut se réduire à une seule réalité organique, il est le résultat d’un montage complexe bâti sur l’histoire personnelle du sujet en prise avec sa culture d’appartenance come avec des cultures foraines (L'Afrique ici en l'occurrence). Dans cette perspective les concepts comme l’image du corps le schéma corporel illustrent la poursuite des recherches de l'artiste : devant l'opacité de ces concepts le « Moi » dans la photographie prend sa consistance dans la résistance opposée par la mise en scène et la prise au sujet agissant.
La photographie comme « milieu résistant » peut être retenue afin d’explorer ces mécanismes de transformations et de transferts. Loin de toute banalisation de la prise, la photographie permet d’éprouver le corps par divers déplacement. Les paradoxes et ambiguïtés d'effets à première vue contradictoires, se réduisent à leurs résultats mesurables, c’est à dire la victoire ou la défaite crée paradoxalement une hyper visibilité qui nous place comme spectateurs que d’un seul côté de la scène où le sujet agit en prise avec les milieux et les cultures qu'il a choisi d'explorer.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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