Artistes de référence

Olivier Rebufa


Olivier Rebufa

Né à Dakar en 1958, vit et travaille à Marseille.
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« L’expérience d’Olivier Rebufa est donc tout sauf superficielle, de simple curiosité ou de divertissement exotique. Elle est une expérience existentielle essentielle et une aventure spirituelle. Il estime que ce questionnement, il ne l’a jamais perçu aussi nettement que dans la relation que nouent les africains avec l’au-delà par l’intermédiaire de la napéné ».
Jean Arrouye


Olivier rebufa
de Paul Ardenne

Olivier Rebufa se fait connaître de 1989 en recourant à cette pratique plastique hybride, devenue sa signature artistique : intégrer son autoportrait photographique à des univers miniatures reconstitués, et s’y entourer de poupées, de figurines, de jouets ou de maquettes. D’apparence simple, quoique techniquement complexe à réaliser, cette mise en scène mélangeant réel et artifice prête dès l’abord à sourire, à l’invite de l’artiste. Ce dernier, en effet, ne dissimule rien du simulacre, il s’en amuserait même, affichant au sein de l’image une attitude joueuse. Ici, c’est une photographie qui montre Rebufa visionnant à la télévision, dans un salon petit-bourgeois, avec Barbie en personne, mais alors pas vraiment séduite, un film X. Là, cet autre cliché ou la même Barbie, nue cette fois, s’enfonce dans la mer main dans la main avec l’artiste. Images du petit bonheur, des petites complications de la vie courante ou de celles que l’on tisse , par défaut d’une pleine félicité, à l’aune du fantasme, et qui convoquent amour et sexe, beauté et luxe, volupté. Avec le temps, les registres de l’artiste se diversifient, ce que signalent des séries consacrées au cirque (Circus,1998), aux héros antiques (La saison des hommes dieux, 2001), à l’univers africain de l’ouest (Keur-Danou ,2000), d’où est d’ailleurs originaire Olivier Rebufa (l’artiste est né a Dakar , en 1958). On y retrouve chaque fois, en action, une même mise en scène de soi dont la photographie indexe l’impénitente reconduction : moi Rebufa en acrobate, en prestidigitateur, en chef de tribu, en Adam, en dieu Pan, en Bacchus ou en Pâris…, liste non limitative. À dessein, les images d’Olivier Rebufa jouent sur deux registres que la modernité artistique n’a que rarement mixés. Le premier est celui de l’humour, qui naît de la science consommée de l’artiste en matière de détournement. Le second est celui de l’investigation psychologique, que Rebufa aborde en recourant à des images à l’envi façonnées pour la séduction, incitant par extension à une réflexion quant au pouvoir érotique du visuel et à ses stratégies d’énonciation. On criera forcément, s’agissant d’une telle œuvre, au narcissisme. Et l’on aura raison. Car Rebufa retourne le masque, lui ne fait pas semblant, il déclare tout de go, par le truchement d’images à sa gloire, que l’art n’est jamais concevable sans une mise en scène évidemment exacerbée du moi. Cette pulsion narcissique immodérée, en l’occurrence, devient spectacle, et du coup occasion de réjouissance, tandis que le spectateur (surtout s’il est de sexe masculin) aurait quelque mal à ne pas s’identifier aux poses avantageuses de l’artiste. Assimilant la création à une forme rusée de l’amour, Olivier Rebufa choisit de jouer franc jeu. Contre l’usage, qui réclame de l’artiste qu’il fasse de l’œuvre un écran, Rebufa progresse aveu en main, en déclinant ce que son ouvrage doit à une obsession d’être, c’est-à-dire d’être à la fois représenté, vu et aimé. Et ce, jusqu’à faire prévaloir cet absolu que revendiquent l’artiste comme le héros : être causa sui, se hisser à un rang suprême qui fait du soi son propre géniteur. Il reste dès lors à s’interroger sur la dimension à proprement parler mythique ou s’investit Olivier Rebufa, corps et image compris, d’un même allant. Se figurer sous les traits de Thésée comme il le fait, ou sous de Bacchus, par exemple, même avec malice et au second degré : à tout coup, le pire qui vous menace, c’est l’immortalité.

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RECRéATION ET RéCRéATION

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Olivier Rebufa,
Galerie du Tableau, Rue Sylvabelle, Marseille. Octobre 2008.

Il y a dans le travail d'Olivier Rebufa une joie première. Pourtant cette entreprise n'est pas sans sérieux loin de là. François Bazzoli le résume en une double question :  « Quel poids (réel, symbolique ou numérique) s’accolerait donc à une photo chargée, fétichisée, envoûtée ? Si les sorts et les grigris ont bien une durée limite au temps de leur réalisation, qu’arriverait-il aux photos soumises à ce traitement à la fin de cette action. Perdraient-elles leur image photographiques, leurs qualités plastiques, leurs charges argentiques, leur définition numérique ? ».

Après avoir longtemps actionné des poupées Barbie, le photographe s'intéresse à d'autres poupées : moins industrielles mais qui sont aussi et à leur manière à la fois des fétiches et des jouets d'une autre époque et d'autres lieux. Elles permettent  par effet de bandes de donner une force magique à la photographie qui devient elle-même grigri du grigri Il n'y a cependant rien d'un jeu exotiquedans la dérive africaine.  Comme il n'y avait pas simplement un amusement lorsque pendant 16 années, l'artiste s'est photographié et  donc auto représenté  au milieu de poupées Barbie dont il  devenait l'ustensile en prenant les jouets pour des femmes en une inversion des données.

Si la mise en action du corps dans le quotidien de la vie humaine est la chose la plus ordinaire, le processus qui l’instaure en photographie est loin d’être aussi banal. L’intervention du média suppose des ajustements permanents des techniques et du corps représenté dans  les moindres gestes.  On peut faire l’hypothèse d’un sentiment d’une présence corporelle de soi se réajustant sans cesse à l’action en cours. Cette question apparaît comme une préoccupation permanente de l'artiste pour comprendre comment il s’éprouve, se reconnaît et se réalise dans ses actes.

Pour Marcel Mauss le corps est « le premier et le plus naturel des instruments de l’homme » mais pour le photographe et dans sa mise en scène  son « être au monde » devient à être et avoir un corps  par le médium et pose toute la complexité du problème de la photographie  : le corps, à travers elle, ne peut se réduire à une seule réalité organique, il est le résultat d’un montage complexe bâti sur l’histoire personnelle du sujet en prise avec sa culture d’appartenance come avec des cultures foraines (L'Afrique ici en l'occurrence). Dans cette perspective les concepts comme l’image du corps le schéma corporel illustrent la poursuite des recherches  de l'artiste : devant l'opacité de ces concepts le « Moi » dans la photographie prend sa consistance dans la résistance opposée par la mise en scène et la prise au sujet agissant.

La photographie comme « milieu résistant » peut être retenue afin d’explorer ces mécanismes de transformations et de transferts.  Loin de toute banalisation de la prise, la photographie permet d’éprouver le corps par divers déplacement. Les paradoxes et ambiguïtés d'effets à première vue contradictoires, se réduisent à leurs résultats mesurables, c’est à dire la victoire ou la défaite crée paradoxalement une hyper visibilité qui nous place comme spectateurs que d’un seul côté de la scène où le sujet agit en prise avec les milieux et les cultures qu'il a choisi d'explorer.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.