Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Les enfants modèles


Mirondella,  
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ENFANCE DE L’ART : LA PEINTURE ET LA MORALE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

« Les enfants modèles »,
Musée National de l’Orangerie, Paris, jusqu’au 8 mars 2010.
Le catalogue : Les enfants modèles : De Claude Renoir à Pierre Arditi

 

On sait désormais le danger  à la capacitation de l’enfance. A exposer des bambins même à travers des peintures de maîtres le risque est grand. Tout conservateur risque de se voir vilipender au nom d’une morale de la protection poussée dans ses derniers retranchements au nom pédophilie qui avancerait masquée.  Tout conservateur lorsqu’il « ose » aborder la thématique pré adolescente prend donc un bouclier non sans amoindrir ses ambitions esthétiques.

En témoigne – et jusqu’à son titre – l’exposition du musée de l’Orangerie. Aborder les « enfants modèles » est théoriquement une manière de montrer l’intimité des artistes parents. C’est surtout un moyen de faire un bon usage de l’image d’un enfant protégé  dans l’intimité familiale et sous une bienveillance paternelle le plus souvent - puisqu’il n’y a que peu de place aux peintres mères en dehors ici de Mary Cassatt.

Les enfants de peintres et de sculpteurs donnent à l’Orangerie une  vision très édulcorée et banale de l’art. Elle tombe parfois dans l’anecdotisme le plus mièvre. On retrouve par exemple le petit Claude Levi-Strauss sur un cheval de bois peint par son père artiste du dimanche ou encore Emmanuel Valls peint par un géniteur artiste du même ordre que son fils en politique : à savoir secondaire. Tout cela fait  passer du registre de la « pure » peinture à une peinture épurée à travers une histoire « people » de l’art. Elle n’apprend rien et  n’apporte rien qu’une complaisance  « réactionnaire » sans grand intérêt.  La pesante conception de l'exposition vire de l’esthétique à une forme larvée d'éthique.

Les confidences « autobiographiques » générées par les œuvres de peintres et sculpteurs du XIXème et XXème siècles restent souvent quelconques. L’exposition est néanmoins sauvée  par quelques exceptions. Renoir et surtout Picasso dont toute la progéniture est présente. Elle permet de suivre et de souligner l’évolution esthétique du peintre. Maya s’y retrouve en modèle cubiste et Paloma plumée en couleurs vives. Chaque fois Picasso offre  un « galateo », un manuel d'art de vivre et d’art d’être père en peinture… Mais dans l’ensemble on serait tenté d’affirmer que pour les peintres et les sculpteurs le refus d’enfanter ne serait pas déconcertant. Certes cela reste sans doute excessif et injuste. Les artistes ont légitimement droit à une progéniture même si Chantal Thomas affirme  « un artiste qui ne veut pas d'enfant dit non pour lui-même, et son refus, bien que souvent inaudible et non articulé, est sans appel. Ce n'est qu'une ellipse. Une touche décisive de négativité dans le dessein d'une vie. Un hommage à l'esprit de rupture. »

La sphère de la paternité  (et accessoirement de la maternité) apparaît à la lumière de cette exposition comme secondaire. Elle ne révèle aucun mystère de la création. Rien n’intrigue dans les œuvres présentées. Aucun masque n’est levé même si le petit Jean-Paul Belmondo donne à son père sculpteur l’exemple d’un modèle quelque peu espiègle. Mais ce seul exemple prouve le caractère  anecdotique d’une exposition. La présence des enfants modèles demeure inopérante pour la connaissance de l’œuvre de leurs pères. On nommera cette exposition de bon aloi  et toute en bienséances.  Un parfum d’eau de rose la traverse plutôt que la volonté d'affronter les problèmes de l'expression avec une liberté nouvelle d'invention. Preuve que ce n’est pas avec de bons sentiments qu’on fait la meilleure peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.