Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Ordioni

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Faces : Visages maquillés du Carnaval de Venise
de Sergio Zaccaron , Renato Pestriniero

De l'ombre surgissent des visages comme seule Venise sait en faire naître. Des visages maquillés - visages-fleurs, visages-fruits, visages-faunes -, mi-réels, mi-fantastiques, emprunts de mystère, d'arrogance, de mélancolie ou de joie, où la fantaisie dialogue avec la couleur. Car Venise est le carnaval et le carnaval est Venise. Dans cette ville magique, les visages semblent flotter sur une mer d'or : ils s'y reflètent et s'y révèlent. Sergio Zaccaron ne se contente pas de nous montrer des visages : les regards semblent pénétrer l'âme. Jeu de l'être, du paraître et de la magie, cette ronde de portraits anonymes nous parle de nous et du monde. C'est précisément en cela que ce livre est exceptionnel, loin des habituels reportages sur le " carnaval des masques ". Que le spectacle commence

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Pourquoi ces chefs-d'oeuvre
sont-ils des chefs-d'oeuvre ?

de Alexandra Favre et Jean-Pierre Winter

Pourquoi Guernica de Picasso et La Laitière de Vermeer sont-ils célèbres au point d'être immédiatement identifiables par tous ? Outre leur valeur artistique, de nombreux facteurs jouent dans la popularité des chefs-d'oeuvre de l'art occidental. Au-delà de l'histoire et des faitsc ce sont aussi des chefs-d'oeuvre parce qu'ils exercent sur nous une fascination inconsciente.

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IMAGE : JUS NERVEUX  PHILIPPE ORDIONI ENTRE PLAY ET GAME

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Philippe Ordioni est toujours  prêt à courir le risque de ne plus voir vraiment, de ne plus retenir une image stable et de pur reflet. Le vent de son souffle expressif crée à la surface de l’image bien des remous. Les représentations tels que nous aimons les appréhender se défont. Mais – en conséquence – l’espace est  un peu plus libre, un peu moins a priori dessiné et colorié de manière standard.

Entre peinture et photographie son oeuvre est discordante. Face aux tentations intimistes des pseudo révélations, face au corps platement exposé il propose un autre type d’impact. Ses mises en scène sont autant de  mise en formes aussi paradoxales que décapantes et efficientes.

Il n’hésite pas à « oublier le moderne ” en le ridiculisant, le diabolisant. Il lutte contre le consensus mou qui s’est emparé de la photographie ambiante, il combat aussi l’indifférence généralisée qui prospère au nom de la prétendue égalité démocratique des goûts - ce qui revient à imposer la loi du nombre, réduisant l’image à une activité rassurante aux effets anxiolytiques.

Ses images « virtuelles » ne se veulent pas celles  de saints ou saintes  auréolés d’une déférence de principe. Se refusant de devenir un vaticinateur pompier, il modifie l’atmosphère, attendris certaines formes. Son objectif n’est pas la séduction. Dans ses portrais le langage plastique fait événement. C’est par lui que tout passe.

Philippe Ordioni lave, débarbouillette les portraits à travers divers registres visuels. Tous s’unissent dans la même partition. Bref il s’agit d’une langue plastique  hors de la représentation tout en restant dedans, d’une plasticité vivante qui procure un plaisir d’émotions inédites et puissantes.

L’œuvre crée des échappées, une liberté faite d’ellipses dans le rêve, par différentes lacunes, glissements et montages en syncope. Il y a là un effet de double jeu du jeu que la langue anglaise note en distinguant game (quand le jeu a ses règles) et play (quand il invente ces règles à mesure). Chacune des images de Philippe Ordioni  représente ainsi un espace ouvert entre le game et le play. Le game est l'exploitation des figures et des règles. Le play est le jet d'une “ déprédation ” volontaire et qui fait sens.

En conséquence le créateur sort de l’art purement expérimental mais aussi d’une esthétique naturaliste.  Il s’agit par ce double jeu de trouver une langue susceptible de prendre en charge les instances improbables du portrait. Soudain s'expriment ses étreintes, ses incertitudes, son inconscient. L’ensemble prend corps par échappées d’une scénographie aux distorsions programmées face à la langue normée.

Le système des divers courts circuits créés par l’artiste devient la règle d’un jeu beaucoup moins ludique qu’il n’y paraît.  En surgit un  “ pluriel monstrueux ” (Novarina)  à la fois violent, lucide et joyeux par des altérations nécessaires. Elles permettent d’entrer en une paradoxale communication et en une confrontation communicante avec une expérience originelle, avènementielle. Une telle approche refuse l'assujettissement aux images  de  communauté pour offrir une expérience inédite qui, si on fait l’effort de l’accepter, est celle du savoir et du plaisir. La machinerie des images ainsi désaccordées bien des choses se passent.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.