Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Valérie Paczek


Valérie Paczek

Valérie Paczek : la page Mirondella


Guide juridique et fiscal de l'artiste :
de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).
»  disponible sur Amazon



VALERIE PACZEK : NICHES DU TEMPS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Demain nous entrons dans la ville de ma naissance, je veux être prêt"
(Jim Morrisson)

Qui n'est pas poursuivi par le souvenir de fantômes ? Valérie Paczek plus qu’une autre. Mais elle a su les enluminer. Pour chacun d’eux elle crée un univers particulier venu des temps anciens mais dans lesquels louvoie une forme de postmodernité. Ainsi se remonte l'histoire - du moins  ce que l'artiste veut en retenir. Il faut donc entrer en vibration de ces fantômes.

Les peindre n’est pas pour l’artiste mette de l'ordre mais pénétrer leurs arcanes à la « croisée » impossible entre l’aujourd’hui et l’hier. Demeurent une élévation et un épuisement, une faille et une présence. Rien d'autre pour tout dire sinon ce mouvement : compression et détente de la pure émergence - l'axe violent de figures, de leurs traces en des peintures du soupir.

Chaque pièce est brisée en deux morceaux : l'un est l’image travaillée  par le temps, l'autre est le temps qui se tourne contre lui-même. L’oeuvre devient le corrigé du passé plus ou moins revenant comme manque et accomplissement - mystère de ce qu’on fut à l'épreuve du temps.  A ce point Valérie Paczek n'assemble plus : chaque pièce de son puzzle reste plus ancienne que les couleurs et les lignes qui l’affectent. Ils n'en portent pas sa mémoire, ne la capturent jamais, ne la condensent pas : ils la dispersent dans la rugueuse écorce du temps repris sous effet de feinte historique.

Il faut donc penser  ce travail de telle sorte que  ce ne soit pas une pensée qui porte vers lui et rester en attente devant le rempart d'un monde premier. Rester devant les silhouettes qui se sont tues en espérant franchir l'obstacle de leur bouche séchée pour croire entendre murmurer le temps. Croire. Voir. Contempler la perte irréductible et la pérennité qui différencient le travail du deuil et celui de la mélancolie. La mélancolie particulière de Valérie Paczek où peut se reconnaître ce qui a été perdu puisque le temps n'est plus là que pour duper..

Il faut aussi, dans de tels refuges, se défendre contre un instinct de mort. Se défendre et s’échapper en gardant la distance et trouver quelques zones muettes aux confins de l’absence. Bref chercher par la peinture ce qui fut autrefois de toujours et déplacer les souvenirs comme sur un échiquier. Valérie Paczek ne cesse d’ouvrir, d’encore ouvrir  au bord de l’invisible et du temps perdu. Il faut encore regarder : percer le voile même si la peinture ne sauve rien.

La lumière du grand jour ferait mal. L’artiste lui préfère l’éclat de l’enluminure, du (faux) vitrail. Chaque toile est un piège, chaque droite un simulacre de l'oblique, l'évidence d'une impossible évasion, l'indexation de l'enclos du temps perdu. Derrière chaque figure il n’y a plus d’horizon : c’est un papier de verre. L’horizon n’est plus comme du fer mais pas encore du marbre.

Toutefois chaque niche échappe à la patine du temps. Dans de sataniques trompe-l’œil et en images égarées Valérie Paczek imagine des cryptes  selon diverses épures aussi complexes que naïves. La « niche » telle qu’elle la conçoit reste la seule expérience pour parler des souvenirs. Non pour les épingler mais afin de les arracher un à un et retourner le lointain pour qu’il soit plus le plus proche et devienne le déshabillé de toutes ses chambres secrètes. Quelque chose se dessine, se colore, par bribes. Des morts remontent dans la mémoire : ils redeviennent vivants au crépuscule d’une actualité encline au doute et à la peur ou à la suffisance

A ce point la peinture n'a pas besoin de but ou de justification. Au bout de son chemin reste l’errance que l’artiste nous propose. On met longtemps à le comprendre, on met longtemps à comprendre qu'on n'a jamais été vivant.  Dans l'écart la peinture renvoie son fantasme mais l’inclut dans un réel sur lequel on peut mettre de noms. Il faut glisser encore,  glisser dans les images. Comme à perte de vue. Il convient d'en tirer les conséquences.

Attendre le ciel et l'enfer. Quelque chose résiste - sans doute le rebut inéliminable de l'être.  Alors laissons venir à nous l’œuvre. Car elle lutte contre « L’humanité aime s’ôter de l’esprit ces questions d’origine et de commencements » (Nietzsche – Humain trop humain). Les images remontent encore, elles ne se quittent pas. On écrit à leur sujet pour  être « que ça » : dans une machinerie obscure à remonter le temps. Il convient de s’y abandonner et de forer des trous dedans. Voir. Voir comment ça passe et ça ne passe pas. Il y a  ce trou et ce trop de mémoire. L’œuvre nous renvoie au silence collectif et à son inconscient.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.