Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Valérie Paczek

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DÉMONS ET MERVEILLES DE VALERIE PACEZK : PORTRAIT DE L’ARTISTE EN SORCIERE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Entre les deux chaos - celui du noir, celui du blanc - et en ses propres enluminures en morceaux Valérie Paczek ouvre à l’unité, à la fusion. Soumise à la pression du dessin, des couleurs et du géométrisme l’oeuvre fait surgir de bien étranges vierges et des diablotins tantriques. Peu à peu la cité engloutie (Ys n’est pas très loin de chez elle), la cité céleste et celle d’une forme science-fiction trouvent des habitants.

Rêves et fantasmes présentés ici trouvent leur source dans les traces de l’histoire religieuse et ses propres plastrons graphiques mais surtout dans l'inconscient de l’artiste soumis à une contrainte "viscérale" et passionnée. La peintre remplit l’espace à coups de figures mythiques issues de bien des traditions. Elle traverse donc l’histoire au moyen sa propre poésie plastique.

On pourrait croire à du surréalisme. Pourtant on en est loin. Valérie Paczek possède un immense mérite : elle est libre de toute école et paradoxalement de toute attache. C'est une irréductible de l’art et une irrégulière de l’histoire. Elle retourne aux traditions afin de les retrousser et les faire dériver. Peut-être par amour de l'absurde - mais on demeurera circonspect sur ce point.

L’artiste propose la révélation de mondes engloutis qui appartiennent autant à la tradition qu’à sa vision. Devant de telles images théoriquement pieuses se joue un culte païen. Il y a toutes ces têtes oblongues, toutes ces bouches ouvertes, tous ces mangeurs de phallus aux rigueurs cadavériques, toutes ces femmes en extase – mais jamais devant eux.

Les vivants, les morts nous interpellent. Par l’intercession de Valérie Paczek ils attendent que nous reconnaissions notre complicité dans la barbarie des uns et la sainteté des autres. Il faut donc considérer l’œuvre comme un reposoir ou mieux : une catacombe. L’'allongé de minuit" de la tradition chrétienne s’y relève. Les saints souffrent et des démons les happent. Un paysage onirique et lumineux où suintent parfois des cœurs vulnérés crée le choc des cult(ur)es d’hier et d’aujourd’hui. Si bien que l’artiste crée ses chants visuels de Maldoror.

Emerge un chaos statique en abîme de perspective et une cacophonie palpitante. Grouillant et labyrinthique tout un monde s’anime. Du magma tellurique gicle un bouillonnement de formes dans les dérives de l’enluminure et du vitrail.  Par l’hommage aux formes issues de l'histoire  Valérie Paczek  crée donc une irradiation et une étrange "teinture" très contemporaine. 

Au pieux, au sacré Valérie Paczek ajoute l’insolence hérétique. Des vierges nous percutent de leur émoi pas très catholique dans des couleurs fortement découpées mais froides. Il faut en conséquence imaginer la créatrice en sorcière séduisante. En ermite marginale de son royaume. En philosophe, prophète, prédicatrice de l'Apocalypse. En apostat sur de ses coups. Et enfin en maîtresse vaudou capable de provoquer un débarquement charnel.

Sabbats et scènes christiques sont construits pour s'épauler en des équilibres médiévaux aux perspectives spirituelles douteuses. Des suites d’équilibrismes phallico-vulvaires surgit une série d’opéras (au sens premier d’ouverture, d’incision).  Valérie Paczek y prononce ses vœux non pieux, sa croyance hérésiarque, son rituel dissident en une grammaire plastique faussement austère et sage. Du gothique la langue plastique plonge vers des maniérismes inconnus.

Au-delà de l'ironie les lignes de force, les volumes, les vertiges du trait sont capables d'offrir des modèles qui font penser - si l'on voulait s'amuser au jeu des comparaisons – à du Tony Cragg.L’œuvre dans ses différences de style et de registres recèle néanmoins les mêmes données fondamentales. Des figures se regardent sans se regarder, d’autres nous regardent pour mieux nous ignorer. Il y a là du bal populaire et du rite millénaire, des sabbats et des calvaires.  Une fête se déplie chromatiquement et suivant différents rites d’initiation.

Le conscient traque l'inconscient collectif. Ce dernier fait surface, ose se dire à travers des figures tutélaires non seulement de notre pauvre univers mental,  mais d'autre Panthéon que nous connaissons peu ou mal. Il ne faut pas pour autant rechercher  un plan symbolique à l'oeuvre de Valérie Paczek. Elle se moque des métaphores à clés. Elle les dépasse. Ses Saintes de feu font un autre cinéma. Elles nous piègent sans chercher notre salut. Mais plus question de porter un jugement de valeur sur un tel univers. Il faut juste s'enivrer de mort  et de vie là où nous devenons des spectateurs avides de délires aphrodisio-gnostiques.

Au coeur de la grande débâcle et débandade de l’enluminure nous sommes confrontés au monde paradoxal d’une histoire recartographiée. Il faut donc considérer Valérie Paczek telle une grande religieuse aussi athée que populiste (dans le bon sens du terme) et postmoderne. La vie remonte des ses bas-fonds historiographiques sans le moindre lyrisme. Aux effluves l’artiste préfère toujours l’acidulé.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.