Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Allen Painter

Allen Painter


Allen Painter : auto-portrait

voir : Galerie Concha de Nazelle (Toulouse)



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ALLEN PAINTER : P’EAUX

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Allen Painter, huile sur toile (galerie Concha de Nazelle)
allen painterDavid Hockney n’est pas le seul peintre fasciné par les miroitements de l’eau. Un autre artiste anglais, Allen Painter, à travers ses « Waterworks » pousse plus loin la présentation des reflets aquatiques.

Une eau sans bord hante la plupart des tableaux de « On Reflection ». Au sujet de cette exposition, une autre artiste, Marie Bauthias écrit : « l’eau, toujours l’eau comme une note portée aux infinis reflets de l’attente ». 

La surface devient une peau aussi fuyante que celle des absents. Chez Hockney il restait encore leur présence ne serait-ce que sous la couverture d’un « splash » trace d’ un plongeon. Avec Painter tout retourne au minimalisme et à la rêverie – mélancolique ou non - de possibles.

Tout passe par les surfaces paisibles. Elles veillent du plus long jour et deviendront étoiles. Mais aucun poisson ne brille sous leur souffle et délie les membres et les âmes. Le monde est enveloppé dans leurs draps  mouvants. Il n’a plus rien d’autre à offrir que cet aboutissement. 

L’eau restera la peau inespérée de l’insoupçonnable. Painter peut et peint  les lacs. Parfois un orient s’illumine mais il reste le silence. Le temps passe. Comme l’eau.  C’est l’émotion presque abstraite. C’est la peinture quand elle ne prétend à rien d’autre.

Face à de tels tableaux on ne bouge pas. On se dit que notre sort est inaliénable et que  peut-être notre vie reste peu viable. Cela donne un ensemble. Sue cette peau ineffable après avoir brillé le soleil se voile et se tasse.  Tout reste en paix. Il n’y aura pas de tempête. Ce serait trop facile : par effets la peinture se ferait carpette.

Demeurent des surfaces à l’état de vestige mais de vestige vivant. De paradoxal désert. On peut se demander si « se mouiller » ou désirer possède encore un sens. A elle seule la peau nue de l’eau doit porter nos îles et nos cités lacustres.

Mais existe aussi des suites de passage magiques dont le bleu se greffe à la peau.  Soupirs que soupirs. Les têtes sont expurgées de leurs méandres. Et Painter donne à l’extase l’odeur  pénétrante des lacs. L’image aux mille yeux sort de leurs sillage et arpente le corps lointain sans ailes et sans racines.

D’où l’ultime question : Tient-il à nous ce paysage qui nous garde dans ses plis d’eau ?

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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