Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Pang Guohua


Pang Guohua
né en 1962

Pang Guohua



C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale. En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.

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"Peaurnographie" de Pang Guohua : the pillow book

par Jean-Paul Gavard-Perret

Pang Guohua Il n'y a pas d'avènement à la peinture sans un certain sens du rite. Pang Guohua le sait comme il sait que la peinture n’est pas affaire d’âme mais de peau, de peau-rnographie. Valéry l’écrit lui-même dans ses Cahiers : "le plus profond chez l'homme, c'est la peau". Il n'y a donc que le dévoilement d’un moi-peau par les figures matières pour aller plus profond dans l'être. Mais cela ne va pas sans ambiguité.

Pang Guohua n'est sans doute pas un immense peintre. Toutefois il faut le retenir comme un phénomène avènementiel ou au moins évènementiel dans la nouvelle peinture chinoise. Retrouvant une tradition classique orientale d'estampe et de calligraphie, il fait de la nudité féminine le centre de son travail. Les jeunes femmes restent son uniques sujet. Et il choisit parfois la peinture corporelle (on se souvient di PillowBook de Greenaway) pour faire de la peinture quelque chose qui voyage entre la folie du corps, le culte des sens et de la beauté mais aussi celui d'un marketing pictural bien compris… Après les périodes de disette et d'ordre moral (du moins apparent) de l'ère collectiviste le peintre devient l'exemple même de celui qui il y a quelques décennies aurait été qualifié de décadent.

Abordant sa peinture ou ses photographies le voyeur n'est pas en territoire conquis mais il est conquis par le "territoire". Il se laisse faire. Et cette peinture fait du bruit jusque dans les blogs où l'on discute des mérites supposées d'une telle approche (mais aussi de ses modèles…). Se pose ainsi la question de la peinture : ouvre-t-elle sur une absence de pensée que sa matière même suggère et sollicite. Serait-ce cela la peinture ? Et quelle valeur accorder aussi au body art (qui chez lui reste très sage lorsqu'on pense à Orlan par exemple) ? Pang Guohua dit que sa peinture permet de voir comme on a jamais vu… Voire… Elle reste une écorce fait de traits noirs et de mordorure parfois. Les désirs ("vicaires" selon Jacques Henric) tournent autour en vain. Certes on est loin des femmes de Hopper. Reste ce qui sépare l'être de ce qu'il est en des taches sombres au milieu de l'or âpre de la peau appeau. Le silence envahit l'image.

Reste à se demander : que se passe-t-il dans l'état de l'union de ces deux éléments : le femme nue et la peinture ? Chez Pang Guohua la question semble rester au point mort. Sa peinture dérange plus par le bruit qu'elle génère que par sa force. Néanmoins elle marque peut-être un temps de l'histoire. Elle rappelle à la vie en errance où les fantasmes repoussent comme du chiendent. En ce sens elle est plus proche d'un tradition nippone que chinoise. Il y a là à la fois insistance, délicatesse : mais servent-elles afin que l'image retrouve tous ses attributs et pour que le verbe “ voler ” (de ses propres ailes) ait tout son sens ? Pas sûr. Pas certain non plus qu'on atteigne ce dont Segalen parlait à propos de la peinture chinoise : « La douceur qui fascine et le plaisir qui tue ». Avec Pang Guohua l'homme est l'ombre d'un songe et son oeuvre demeure l'ombre de ce songe.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.