Artistes de référence

Martin Parr 

Martin Parr

.Né à Epsom dans le Surrey (Angleterre).
Professeur de photographie (University of Wales Newport campus), directeur artistique Arles 2004. commissaire du New-York Festival 2008, etc.

Martin Parr : le site



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par Jean-Paul Gavard-Perret

courtoisie : Martin Parr
martin parr Exposition Martin Parr, Musée du jeu de Paume, Paris du 30 juin au 30 septembre 2009.

Parr court le monde à la recherche de ce dernier comme de lui-même. Dans son livre « Autoportrait » on le voyait déjà photographié non par lui même mais par des amateurs locaux : à Rome près d’un gladiateur terrorisant, à New York en athlète body-building, à Abu Dhabi coiffé d’une keffieh. A travers ces images stéréotypées il s’attribuait une sorte d’identité collective qui caractérise son travail. Son exposition du Jeu de Paume se décompose en deux parties. Il y a d’abord sa série de photographies « Luxury ». Après avoir braqué longtemps son objectif sur les classes moyennes et ouvrières, il s’intéresse aux richissimes. Traiter photographiquement de la richesse est pour lui nécessaire afin de montrer comment la pléthore et le luxe sont entrain de tuer la planète. Défilés de mode, courses de chevaux, foires artistiques, immenses villas, yachts, bijoux, Champagne que sais-je encore : tout y est. Il s’agit d’une exhibition des richesses et des riches. Le côté bling-bling ne pourra que plaire voire séduire. Mais à nous de lire les photos de l’artiste anglais jusqu’au bout et ne pas en retenir uniquement le côté « people ». Martin Parr n’a cesse en effet d’exagérer, renforcer et exaspérer le grotesque de situations. Ceux qu’il épie ne vivent que de l’apparence et du clinquant qui sont autant de crachats aux yeux du reste du monde qui hélas en redemande. Cruel, le photographe, lorsqu’il fait un gros plan d’un mannequin dans « Russia Moscow Fashion Week », donne à la femme un caractère carnassier : sous le sourire la bête est prête à décharner sa proie. Tandis que dans « Attendees at a charity function » le photographe exhibe trois monstres de mauvais goût et de richesses entrain de se goinfrer dans une « party » de charité.

L’exposition se double d’objets, cartes postales, livres de photos collectionnés au fil des ans par l’artiste. Ce second plan renforce le premier. Ces images sont autant de miasmes, de fossiles, de musées aux babioles de ce que Parr dénonce à travers son travail. Il sait en effet dénicher dans ses voyages (comme sur e-bay) les objets les plus improbables : un paquet de chips « Spice Girl », une boîte de kulfi « Ben Laden », une montre à l’effigie de « Sadam Hussein ». Dans l’un et l’autre pan de l’exposition de kitsch suinte de partout.  Champion de cette approche et maître de la couleur, Barr renvoie l’image d’un monde façonné par et pour les médias. Touristes bariolés devant le Parthénon ou la tour Eiffel, adolescents obèses en maillots de bains, gros plan de saucisses industrielles tout y est. Jusqu’à la nausée : Parr  choisit de traiter l’image par son excès.

Il peut être considéré toutefois comme le photographe des seuils. Au lieu de s'abandonner au flux des images, il s'arrête devant pour en souligner le vide extatique qu'elles recèlent. Ses photos gardent un oeil (et quel œil !) sur le monde mais sans succomber à son attraction. L’artiste ne vise qu'à en faire naître le lieu de défaut dans la cuirasse de désirs frelatés.  Ce travail entraîne au delà du monde exhibé et dénoncé sans jamais le quitter. Parr en épouse le suspens, attentif à en repérer les signes souvent inaperçus qui déréalisent le monde tel qu’il est. L’authentique extase du monde passe par le fait de le laisser dans sa distance et d’éprouver en quoi cette distance peut parler. L’être, dit implicitement Parr, doit être est tendu vers autre chose que cette décharge de fausse libido. Le souffle vital ne peut passer que dans la dépossession totale de ce qui n'est que décorum. En ce sens les images drôles du photographes sont des plus pathétiques. Elles englobent l’être à son néant. L’artiste prouve qu’on n’entre pas dedans mais qu’on le devient. Il faut donc rester en sa compagnie sur son seuil. Voir, de là, ces riens qui pour beaucoup sont pitoyablement et impitoyablement tout. Beaucoup estiment y trouver la valeur la plus haute. Ce qui ne les empêchent pas de croire à l’éternité. On a envie de dire : bien fait pour eux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.