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Pat Le Chat (Patrick Szalkowski)

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PATIBULAIRE LE CHAT
par Jean-Paul Gavard-Perret

Pat Le Chat - "La Piscine" - Roubaix (février 2010)

 

Pat le ChatJeune artiste de Roubaix, Pat le Chat (Patrick Szalkowski) dans ses "32 autoportraits de l'artiste dans la chambre 201"  s'est transformé en Narcisse. Mais un Narcisse sans complaisance au sein d'une "autobiographie" picturale où la dernière liberté consiste à devenir le sujet regardé, crayonné.

D'un motif récurrent de l'histoire de l'art Pat le Chat fait donc un usage particulier et sans la moindre outrance ostentatoire. Le portraituré se réduit à un objet de lui-même au croisement de disciplines (dessin, peinture) et au service d'un renouveau de la forme et du fond du portrait.  Pas étonnant d'ailleurs que sa présentation à "La Piscine" de Roubaix fût accolée à l'importante exposition du groupe de Bloomsbury qui lui aussi autour de Roger Fry, Vanessa Bell, Duncan Grant renouvelèrent le genre du portrait en miroir.

Tel que l'artiste le traite, rien de sublimé. Au contraire. Ces autoportraits quoique dans un registre différent ne sont pas sans rappeler ceux d'Artaud. Surgissent comme un fond, un bruit, un fluide, un flux. Une lumière noire. Ou plutôt un éclairage. Pat le Chat fait de la peinture l’inverse de ce qu’en disait Bram van Velde   "Lumière et non éclairage".  

C’est en effet l’éclairage particulier qui produit l'imminence et l'impossibilité des contacts. La toile incarcère plus qu’elle délivre. Elle  ouvre par ses traces à un écart. Là où habituellement le genre joue l’union se produit à l’inverse une exclusion. Emergent à la fois le  dévoilement et ce qui n'appartient pas de connaître. On peut parler de faux effacement. Mais celui-ci n'est pas de l’ordre du leurre. Il s’agit d’un déplacement, d’un détournement.

Pat le Chat tente de trouver l'équilibre entre l'ellipse - tournée vers le silence - et l'énoncé complexe - tourné vers l’image  tout sauf pieuse et complaisante. Aux stigmates christiques dans la main fait place la trace d’une mouche écrasée dans la paume du paumé. D’où  la nécessité du secret et l'impératif de la monstration. L’autoportrait crée alors une partition troublante qui souligne la solitude et le silence. Deux mondes se croisent et ne se chevauchent pas.

Mais nul ne peut dire vraiment qui est enfermé et qui ne l’est pas. « Pourquoi m’as-tu abandonné » dit l’un. « Que cherches-tu? » dit l’autre. Sans savoir qui parle, celui qui dessine ou celui qui est dessiné. Celui qui regarde ou celui qui est regardé dans cet étrange face à face ou plutôt cette triangulation entre l’artiste, son œuvre et celui qui la regarde.

En découle la question de l’identité.  Est présenté ce qui en échappe par une approche  plastique qui perturbe et trouble. Au lieu de montrer « de » l’identité elle l'indétermine en ses suites anamorphiques. Comme  l’artiste nous sommes alors  livrés au risque de sa défaillance panique. Pat le Shat  se et nous abandonne à cette défaillance, à cette panique, à cette pratique. Il y a là une vision qui n'est plus possibilité de voir, mais impossibilité de ne pas voir.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.