Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Philhelm

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PHILHELM MONOGRAMMISTE DES TEMPS ANTERIEURS ET FUTURS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Il y a sans doute du manga dans l’œuvre de Philhelm. Mais ce serait réduire son œuvre en la limitant à cet aspect. Car il existe tout autant une éclosion surréaliste des formes et des couleurs. Elles ne sont pas sans rappeler parfois les œuvres de Tanguy et Léger. Mais l’artiste introduit aussi les écritures qui sont liées aux histoires qu’il évoque en faisant bien mieux que les reproduire (l’histoire étrusque, babylonienne ou assyrienne par exemple). Ecoutons d’ailleurs l’artiste parler de son travail : « Je décline les couleurs dans une correspondance avec les images et les écritures originelles pour retrouver une infime histoire du passé dans laquelle mon monogramme aurait toujours été présent tel un archétype ».

Cette approche est le fruit d’une révélation que souligne encore l’artiste : « les Dieux sont venus un jour à ma rencontre ! Ils daignèrent me présenter leurs messagers en héros accompagnés de leurs sphinx : Qu’ils me pardonnent si j’ose les citer dans la joie de mon cœur, même si je ne mets nulle mauvaise honte à leur demander grâce ». L’œuvre devient ainsi une remontée. Mieux : une régénérescence. Philhelm fait revivre des légendes, des connaissances perdues. Mais sa manière de les aborder vaut mieux que tous les traités d’archéologie du savoir même s’il leur emprunte quelques bribes.
Philhelm fait donc renaître d’improbables horizons, des mondes qui deviennent dans un frémissement une suite de lieux dont il ne signale pas la perte mais la renaissance. Dès lors - et par son graphisme particulier bien plus moderne qu’il l’imagine lui-même - ces lieux plus qu’un retour signale une avancée dans un monde qui d’ailleurs ressemble à certains que l’artiste évoque. Par exemple lorsqu’ il crée une œuvre dont le titre est « Quand les dieux étaient des hommes ».

N’est-ce pas ce qu’ils croient souvent être aujourd’hui ? Ce monde est aussi un univers du futur car on y  perd pied, on s'y envole. Et ce par l'épreuve de leurs lointains que Philhelm ouvre à une proximité euphorisante et phosphorique. Cela permet en outre de prendre la mesure de l'espace et du temps. Ils sont soudain ouverts à un cosmos auquel l’artiste nous force à nous « convertir ». Il nous conduit donc dans un  ailleurs. Celui-ci devient une évidence en se situant entre le rappel du passé d’une part et une sorte de science-fiction d’un genre particulier de l’autre.

Chaque monogramme cadre et décadre les repères proposés même par la modernité. C’est pourquoi son approche si elle n’est pas sans rappeler le surréalisme déjà cité trouve aussi des connexions non seulement avec le manga mais un certain street-art dont l’artiste reprend les formes et les couleurs « flash ». Dès lors la vision est contrainte de se déplacer vers un au-delà par les élans étranges que propose Philhelm en ses pulsions créatrices capables d’imaginer des fresques pour notre temps. En leur donnant un tel langage à la fois figural et onirique l’artiste introduit le lointain vers le proche afin que soient plus fortes la montée et la portée de ces légendes d’un temps qui soudain « repasse ses plats » pour notre ravissement.

Nous pénétrons en un étrange séjour. Nous errons dans ses parages en un va-et-vient entre le connaissable et l’inconnu, entre réel et irréel, passé et avenir. Nous dégageant de notre sol, de notre lieu, le monogrammiste nous noie dans son génie du lieu pour une évanescente épiphanie. Sa cosmographie extra-temporelle devient une plénitude ouverte. Se produit par la beauté des œuvres et leur majesté aussi ironique qu’altière une confrontation entre notre culture et celle que l’artiste exhume non en historien mais en franc-tireur « futuriste ». Formes et couleurs fascinent, on peut y respirer sans étouffer. Passé et futur forment donc bien un hymen imprévu. On se sent poussé (des ailes) par un étrange désir vers l'incompréhensible. Bref vers ce qui nous dépasse. Nous devenons les amants d'une extase troublante qui décourage les mots : laissons parler les images de Philhelm.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.