CHLOE PIENE : L'OPIUM DE PERSONNE
par Jean-Paul Gavard-Perret
CHLOE PIENE : SELFPORTRAIT WITH DOG 01 -2002
CHARCOAL ON VELLUM - 129.9 x 91.8 CM
Née à Stamford aux USA, Chloe Piene travail et vit à New York. Elle est un être éclaté. Ses images deviennent l'art de recoller ses propres morceaux. Renonçant à tous clichés elle crée des créatures hybrides et mystérieuses proches du "Thriller" mais aussi d'une sorte de passion bizarrement romantique. L'artiste peint et dessine parce qu’elle cherche au sein des lignes, celles qui, sans le remembrement, fracturent encore plus. D'où l'étrange « obscénité » qui surgit en tant que seul moyen d'épuiser le réel. Elle est là pour donner à voir le monde tel qu'il est mais dans un traitement particulier et pour délivrer de la folie dans laquelle on est tombé quand on était tout petit.
Alors peindre, dessiner c’est faire le pas au-delà. C’est tenter de comprendre et savoir si nous pouvons changer notre réel ou du moins en sortir en tentant de comprendre non ses lignes de fuite mais des axes majeurs. Le travail de Chloe Piene tient d’une mise en demeure au sein d'une forme de fragilité dans ses compositions. Et si elle "rêve" le monde c'est pour voir ce qui se cache derrière le réel. Mais bien plus encore que l’espace c’est le temps que l'artiste tente de comprendre. Elle cherche à atteindre un “ temps pur ” qui n’appartiendrait qu’à elle. Un temps sans conscience, un temps des premiers êtres sur laquelle son travail a prise. Un tel art possède toutes les déraisons d'être. Il a tous les yeux du monde pour guider la pensée aveugle. Il représente un infini dont on perçoit quelques points.
Dessiner, peindre, tracer devient le philtre mystérieux. Il s’emploie contre la réceptivité organisée, sociale, sélective qui ne cesse de trier et ne peut accepter la passion de l’art. En sa nature obsessionnelle celui de Chloe Piene dérange tous les ordres. Il devient la fausse note. Celle qui perturbe la société et qui est repoussée dans la solitude. Reste une dénudation particulière. A la fois elle suit et précède le langage, ce sur quoi l’être n’a pas de prise et que la société veut réprimer. Dans le silence de ses images l’artiste américaine ne peut plus mentir. Car entre l'art et l'artiste et dans leur union libre c'est finalement l'image qui tranche
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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