Artistes de référence

Jaume Plensa


Artistes : 1001 conseils
pour mieux vendre vos oeuvres
de Céline Bogaert

Produire un travail artistique de qualité ne suffit pas pour en vivre. Vendre son art est un véritable métier et les démarches à accomplir sont nombreuses. Il faut notamment : se faire connaître, trouver des financements, des partenaires, des clients, les fidéliser, choisir une structure juridique, établir les déclarations légales, gérer ses ventes.
A travers ce guide, vous trouverez des astuces et des réponses à vos questions concernant : les formations, les subventions, le mécénat et le sponsoring, les outils efficaces pour développer votre notoriété, les relations avec vos différents publics et clients, les déclarations obligatoires, la facturation, la protection de vos oeuvres.
Les textes de ce guide sont illustrés par de nombreux exemples et modèles (demande de subvention, communiqué et dossier de presse, fichier clients, dossier de diffusion, contrats, facture…) et assortis d'un précieux carnet d'adresses (contacts administratifs, organismes délivrant des aides et subventions, associations de promotion et d'accompagnement des artistes...).

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JAUME PLENZA : PUISSANCE DE LA SENSATION
par Jean-Paul Gavard-Perret



Né en 1955 à Barcelone où il vit et crée, Jaume Plensa a vécu et travaillé à Berlin, Bruxelles, à la fondation Henry Moore en Angleterre, mais aussi à l'atelier Calder à Saché. Il s'est rendu célèbre dès le début des années 1980 par de grandes formes simples en fonte. Son oeuvre a suivi plusieurs étapes. Il a utilisé le fer forgé auquel il incorporait des matériaux de récupération. En 1986, il réalise une série de sculptures en fer dans la plus pure tradition. Abandonnant quasiment la figuration, à laquelle il est revenu avec force par la suite, il introduit la lumière dans son oeuvre. Il incorpore également à sa sculpture des textes, des poésies ou des phrases. L'oeuvre évolue alors vers des installations sculpturales. Depuis, les matériaux qu'il utilise ne sont plus ceux du sculpteur traditionnel (pierre ou bronze). Il travaille le verre, la résine, la lumière, le son, l'eau, l'image numérique, le langage. Véritable inventeur de formes Jaume Plensa a réalisé de nombreux projets publics, plus particulièrement la monumentale Crown Fountain à Chicago. L'opéra Bastille a présenté en 2005 sa scénographie pour « La flûte enchantée » de Mozart. D'importantes expositions lui ont été consacrées plus particulièrement au Musée du Jeu de Paume à Paris en 1997, en Europe et aux Etats-Unis, à l'Institut d'Art Moderne à Valencia, à Tokyo, et au MAMAC à Nice en 2007. Il a également réalisé les décors et costumes pour « Le Château de Barbe bleue » de Béla Bartok et « Le journal d'un disparu » de Leoš Janacek présentés à l'Opéra Bastille à Paris.

"La sculpture ignore la fiction. Elle n'est pas affaire de matériaux, mais d'émotion. Elle n'est pas affaire de volume ou d'espace, mais de temps." Ecrit-il. Et sa « Conversation » Place Masséna à Nice est une métaphore sur la relation entre les différentes communautés qui font partie de la société d'aujourd'hui. Sept figures représentant les sept continents sont allumées de l'intérieur avec des lumières cinétiques. Les sept oeuvres passent doucement d'une couleur à l'autre en établissant un dialogue entre les figures mêmes et avec les passants qui se promènent sur la place. La disposition des oeuvres suit le parcours du tramway et donne une nouvelle lecture au voyageur en mouvement. Il peut observer les sculptures comme autant de points de repère. Comme les phares côtiers, les figures semblent veiller sur nous, nous protéger d'en haut. Sans perturber l'espace libre de la place, elles nous invitent à lever les yeux et redécouvrir aussi le ciel de la ville

L'œuvre sculptée se double d'œuvres en 2 D dans le travail du plasticien pluridisciplinaire. Il a déjà derrière lui une importante œuvre sur papier. « L'âme des Mots » présenté à Nice en 2010 a ouvert un nouveau regard sur son oeuvre en dévoilant 91 dessins réalisés entre 1998 et 2009. Ses dessins ne sont en rien des œuvres préparatoires à ses sculptures. Ils procèdent souvent par techniques mixtes, mélangeant le crayon, la photo, créant des effets de relief, usant de matières inhabituelles comme le cirage ou des peintures aérosols. C'est très spectaculaire. Certains dessins font 2 mètres de haut et 6 mètres de large ! On y entre comme dans un espace, comme on pénètre dans la grande « Nomade » qui est une sculpture creuse composée d'une myriade de lettres d'acier soudées les unes aux autres. La facture d'équilibre ainsi crée est irritante puisqu'elle s'érige au service d'un déséquilibre. Sa surface agace subtilement par les accidents qu'elle comporte. La vie est là mais la mort aussi, dans des oeuvres qui se peignent sur la crête du désir. Il faut en prolonger l' « envoi » puisque dans le vent de la légèreté il y a cet espace où joue le manque dont l'artiste s'empare, qu'il fait sien même s'il n'en est pas le sujet. Le tout dans une virtuosité presque dérangeant puisque sa « facilité » pourrait faire croire plus à une verve qu'à une véritable profondeur.

Surgit pourtant chez l'artiste l'émotion absolue par l'intensité. Il y a le vertige et pourtant la lucidité, l'acuité par delà l'émotion même. Il faut glisser dans chaque dessin par leurs petits bouts d'amour et leurs ruines. L'image est envoyée et offerte en une sorte de cérémonial délétère. Regardant avec attention de telles oeuvres, on comprend alors combien et comment elles propulsent dans le trouble puisqu'elles indiquent le seuil d'un centre où le chemin du regard se perd en une lumière étrange. Bien des possibles affleurent sur le support là même où quelques chose résonne dans le silence, résonne continûment. Un rayonnement souvent sombre perdure et efface les pensées de néant en introduisant soudain non à l'origine mais dans l'origine, à l'enfance du désir et au désir d'exister.

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.